On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

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Posts Tagged ‘Poésie Classique’

Clair-obscur

24 jan

La simplicité des mots d’Apollinaire me fascine. J’aimerais savoir en faire autant. J’aimerais pouvoir envoyer une flèche d’émotion pure comme lui, ou comme d’autres grands poètes. Je trouve que la force des mots est d’autant décupluée quand les mots sont simples – mais je ne sais pas écrire des mots simples. Portée par la forme si particulière de L’adieu, j’ai pourtant essayé. J’hésite entre dire que c’est un honteux plagiat et une vaine retranscription. Pourtant, je ne suis pas si mécontente, finalement. Certes, les mots ne sont pas aussi fluides, un peu trop maniérés, mais je trouve qu’il y a des progrès par rapport à mes habitudes qui me semblent bien ancrées…

Ombre du temps - cadran solaire

Clair-obscur
 
J’ai ramassé l’ombre du temps
Les moissons déjà sont fauchées
Dans le pays aux talismans
Regard voilé Ombre du temps
Mille fois par moi estompée
 
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RATPoésie

17 jan

Depuis plusieurs années déjà, la RATP sponsorise/vulgarise la poésie. En 2011, plusieurs partenariats culturels avaient été mis en place, et un en particulier avec Gallimard. Ainsi, dans les rames, en levant les yeux, on apercevait parfois des affichettes comme celle-ci, invitant à un moment de lecture.

L'adieu - Apollinaire

Je me suis arrêtée sur ce poème en particulier. Je trouve, personnellement, que les choix sont plus ou moins réussis, mais celui-ci m’a beaucoup plu. Il y a dans ces mots – simples – un je ne sais quoi qui me plait, qui me touche.

C’est peut-être dans la répétition du « brin de bruyère », qui je l’avoue me fait désespérément penser au dernier vers de « Demain dès l’aube » : « Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur », et dont l’allitération en b a quelque chose d’enfantin… C’est peut-être dans le rythme, aussi, qui est bien particulier : dans ces octosyllabes, on reconnaît des alexandrins :

J’ai cueilli ce brin de bruyère //
L’automne est morte souviens-t’en //
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps // Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

 2012 : « La RATP souhaite à ses voyageurs une année pleine de poésie » – vu non pas dans le métro mais sur le site directement… L’année 2012 démarre en fanfare avec ce merveilleux petit haïku : je ne résiste pas au plaisir de le partager avec vous !!

Haiku RATP

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Comme vous l’avez sans doute remarqué, j’ai eu quelques (gros) problèmes avec mon blog ces derniers jours : suite à une mise à jour malheureuse, tout est tombé par terre, et heureusement que j’ai eu de l’aide (beaucoup) pour réparer tout ça. Quoi qu’il en soit, tout est normalement revenu (ou presque) à la normale, vous pouvez de nouveau mettre des commentaires et voir les images – voire même lire les articles ! Si toutefois un problème subsistait, n’hésitez pas à m’en faire part !!

 

Serrement du cœur

12 jan

La lune aujourd’hui est gibbeuse décroissante… Je m’aperçois que le temps continue de filer plus vite que son ombre (le temps a une ombre ? première nouvelle… mais l’idée est jolie, tiens, je vais la garder dans un coin de ma tête !)…

Déjà le 12 janvier… ce soir, je vais profiter d’un champagne gratuit mais protocolaire : je suis sure que les discours des « grands pontes » seront moins drôles que l’opérette que j’ai eu l’occasion (@Michelaise : oui, j’ai eu des places, finalement, un grand coup de chance !) de déguster (savourer aussi marche, comme mot, c’était un grand moment de bonheur, comme Offenbach et une troupe à l’humour décapant peuvent offrir) hier soir, accompagné d’un verre de vin rouge qui n’avait de vin quasiment que le nom, mais c’était pour les bonnes œuvres et l’ambiance, alors… Bref, ce n’est pas la peine que je fasse plus de pub, les dernières représentations sont déjà complètes depuis quasiment un mois !!

Déjà le 12 janvier… je m’étais dit que j’essaierai de relire – de commencer à relire – les aventures d’Isis (ou Iris ? je me trompe tout le temps !) mais je n’ai pas eu le courage. A la place, qu’ai-je fait ? Non, pas un poème écrit depuis plusieurs mois, il doit y avoir à peine quelques mots épars qui trainent sur mon téléphone, et vaguement un fichier de recherche sur je ne sais même plus quel mythe sur ma clé USB… Je vous le donne en mille… J’ai juste commencé un nouveau scénario, qui pourrait tenir pas mal la route, avec son monde à lui, ses personnages, et tout, sauf que là, je suis coincée, je voudrais une révolution, mais comment fait-on une révolution ? Bref, encore un projet qui va peut-être finir aux oubliettes si je n’ai pas le déclic (vous révolutionnez comment, vous, quand vous êtes une femme dans un monde post-apocalyptique/dictature religieuse ?)…

Déjà le 12 janvier, et je crois qu’on peut estimer qu’il est temps de vous livrer les vers ci-dessous, qui datent du mois d’octobre dernier, et que je ne pourrais plus modifier, tant de temps après. J’ai même fini par oublier ce que je voulais dire, et en le relisant, je trouve assez obscure… j’espère qu’il vous parlera plus qu’à moi !

En attendant que je revienne – très bientôt, j’espère, et je vais vraiment essayer de m’y tenir cette fois-ci – je vous souhaite une très belle année 2012, pleine de bonheurs, de réussites, de joies, etc…

Entre l’ombre et le jour il n’y a qu’un ruban,
Infinitésimal,
Qu’on oublie trop souvent
Pour ne voir que le noir et le blanc de l’enfer.
 
C’est la mélancolie des ombres crucifiées,
Esclaves de la vie,
Entravées de lumière.
Au ciel, une étoile scintille et s’abandonne.
 
D’un monde à l’autre, en négatif, le temps s’étire,
Se dessine mouvant.
Le temps d’être s’éteint.
La lumière noire fixe l’instant amer.
 
D’un monde au paradis, il n’y a que le temps
Que s’éteigne le ciel,
Double désincarné.
Temps d’un dernier soupir. Une étoile s’éteint.
 
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Badinage

12 oct

Je serais curieuse de savoir ce que vous pensez de ces vers… et surtout, ce que, à la lueur de vos expériences personnelles, vous comprenez/interprétez : à la question « Pour vous, de quoi parle ce poème ? », que répondriez-vous ?

 

Photo barbelés
 
Tu joues à me blesser, à cisailler mon cœur
De ton silence. Un sillon d’encre de chagrin [1]
Barre tes lèvres closes, serrées de dédain.
Le dos tourné, comme un écran de parchemin [2].
 
Tu joues à autopsier mon cœur, à taillader
Mes tripes avec un scalpel de glace noire [3] ;
Et l’injuste douleur fait pleurer mes yeux secs
De larmes corrosives  de sable et de sang ;
 
Comme un ruban carmin suturé sous ma peau [4],
Comme un coup du destin, bouffon noir manœuvré
Par tes doigts caressants et rocailleux, dressé
Entre ton âme et moi, éthéré et terrible.
 
Et tu joues à n’aimer qu’une image de moi
Image imaginaire, transformée idéal ;
Et tu joues avec moi comme un chaton persan [5]
Sa pelote de laine, cruel innocent.
 
Tu joues à m’ignorer comme un miroir sans tain,
Voilé [6], qui ne reflète même plus tes yeux,
Qui renvoie ton regard affamé d’idéal,
Envahi de maux [7] fallacieux et silencieux.
 
Je cloître mon destin, vapeur désincarnée,
Et m’envole hors d’un corps qui ne m’obéit plus,
Hors d’un cœur qui ne m’anime plus, et puiser [8]
Dans un songe obscur la volupté de l’oubli.
 

[1] Référence à l’encre de chine, voir aussi cet ancien poème : Rupture.

[2] Référence à l’expression « écran de fumée ». J’ai hésité à modifier l’expression en « écran de dérision », qui aurait peut-être plus simplement exprimé mes pensées, mais je préfère le côté mystérieux et cassant du parchemin, qui de plus rappelle l’encre des vers précédents.

[3] L’expression glace noire est principalement utilisée pour parler d’une couche de glace très mince, due à la condensation ou à une pluie très fine, qui se dépose sur les routes et prend la couleur du bitume. Cette forme particulière de verglas est particulièrement traitre car elle est invisible. J’ai aussi pensé, à travers cette expression, à la neige carbonique, ou glace sèche. Cette matière (du dioxyde de carbone solidifié) n’existe qu’à des températures très froide (-78,5°C). Son contact provoque donc de graves brûlures, et quand elle est exposé à l’air libre, elle se « sublime » (c’est-à-dire se transforme en gaz) rapidement et sans laisser aucun résidu. La neige carbonique n’est pas noire, dans la réalité, mais se rapproche pour moi de l’expression glace noire puisque le carbone sous sa forme la plus fréquente (mines de crayon) est noire.

[4] Référence à Manon des sources : « Ugolin [voit Manon] se baigner nue sous la chute et qui en tombe aussitôt amoureux. [...] Il en perd l’appétit et le sommeil et il néglige son travail pour ne plus passer son temps qu’à épier Manon dans les collines. Un jour, il trouve un bout de ruban [appartenant à] Manon qu’il se coud sur la poitrine, à la place du coeur. » Source

[5] Se lit aussi « Perçant ».

[6] La « mise en voile » des miroirs est une tradition liée à la mort. De nombreuses explications sont envisageables, pour éviter que l’âme du défunt soit visible dans le reflet, ou parce que le miroir approché du visage du mourant a longtemps servi à reconnaître, par l’absence de buée sur sa surface froide, l’état de cadavre. Certains avancent aussi que l’âme du défunt, si elle se voyait dans un miroir, serait tentée de rester attachée à la demeure au lieu d’aller vers « d’autres niveaux ». Les miroirs ont toujours eu une fonction « spéciale » et représenté un danger. Dans la mythologie grecque, ils ont une grande importance : on les retrouve dans les mythes de Narcisse, Méduse, Phébus, etc.

[7] Se lit aussi « Mots ».

[8] Se lit aussi « Epuisé ».

 
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Vos Haïkus

10 oct

On dirait que cette petite série vous a inspiré ! Merci de faire partager tous ces haïkus !

Le froufrou fringuantPhoto montage Haïkus - Mots saison
Des jupons dorés
Le craquant de ta feuille
Veronica
 
Soleil levant
les petites incisives à l’attaque
du noyau de mangue
isabel Asunsolo
 
Caresse du jour
je bois ton vent
autan me suit
 Veronica
 
La neige en nid-vert
sur l’automne annoncé
déjà le printemps !
Veronica
 
De l’élan de sève
Au premier flocon de neige
L’eau est toujours l’eau.
Lily
 
Vols en « V » rangés
Tournent le dos au soleil -
Un bruissement d’ailes
michelaise
 
Un frisson d’hiver
Secoue les fleurs au jardin
Prends-moi contre toi
Oxygène
 

Déliquescence

07 sept

Je ne sais pas ce qui m’inspire. Peut-être est-ce le dernier livre que j’ai lu, une odeur dans le métro, peu importe après tout. J’ai travaillé plusieurs jours sur cette idée qui me taraudait – vous la découvrirez vous-mêmes – et qu’il faut voir plus comme une réflexion que comme un « cri du coeur ».

C’est pourquoi je me suis permise de mettre quelques « notes » pour vous aider dans votre lecture et vous permettre de comprendre mieux ce que j’ai voulu dire. Vous pouvez aussi remarquer les changements de rythme, qui ont été conçus comme « supplément de sens » pour enrober les mots.

J’ai voulu, dans un premier temps, présenter comme un monde de la guerre idéal – ce monde de batailles héroïques que l’on rencontre dans les romans d’aventure et où les héros se battent inconditionnellement pour le bien. Mais voilà, la mort rode tout autour des champs de bataille, impartiale, prête à frapper tout ceux qui passent. Alors se pose la question du pourquoi : qu’est-ce qui motive vraiment les hommes à affronter la mort. Le pouvoir, l’argent, la vie par procuration. Jusqu’à en oublier l’essence même de l’humanité, et cet émerveillement gratuit face à la vie et au monde.

Champ de bataille

Dans la nuit rayonnant du chant des fantassins
L’honneur vibre au travers de ces hommes qui croient
Le bien le mal incomparablement disjoints,
Qui croient s’épanouir dans le feu de l’exploit.
 
Pourtant, les yeux fermés,
Ils savaient : vanité1
De ceux qui croient oser
Sans rien rendre au succès.
 
Bientôt, l’ange de la mort
Planera sur tous leurs corps,
Dans un putrescible essor.
 
Etourdi de douleur
De ce mal incessant,
Superflu, l’homme pleure
Redevenu enfant.
 
Demain, le limon gris s’abreuvera de sang
Et les rats, déjà, se préparent au festin.
Et le fer, et l’enfer deviennent plus tranchants
Pour mieux couper les liens des larmes, du destin.
 
Un monde se défait à coup d’épées, de lois.
Mille hommes sont tombés sur le champ des soupirs ;
Mille hommes mis au ban. Leurs os glacés d’effroi
Scintillent au soleil d’un royaume élixir2.
 
Le monde pollué par un pouvoir trop grand
Soigne ses plaies pourries3 en se désagrégeant.
Et l’humanité rit, poignardée en plein cœur
Par l’oubli des ibis4 et des mourons5 en fleurs.

Vanité1 Dans le dictionnaire, il y a trois définitions de la vanité :

-       Satisfaction de soi-même, orgueil

-       Caractère de ce qui est vain, futile, vide de sens

-       Nature morte allégorique évoquant les fins dernières de l’homme, la vie humaine précaire.

Ces trois définitions doivent être envisagées ici.

2 Ce qui ici est décrit comme un royaume élixir peut être compris soit comme le paradis, qui recueille les braves, soit plutôt comme le royaume du pouvoir, pour lequel les hommes se battent, et dont ils croient qu’il leur apportera jeunesse, richesse, bonheur.
Rappelons-le, le mot élixir est d’abord apparu dans le sens « pierre philosophale », douce utopie, et encore aujourd’hui désigne une potion destinée à soigner, comme par magie.

Ibis - Dieu ThotPourri, ici, est à comprendre dans le sens d’avarié, bien sur, mais aussi de corrompu.

4 L’ibis, échassier au long cou et au bec recourbé, indépendamment de son port de roi, était aussi dans l’Égypte antique le représentant du dieu Thot, chargé de l’écriture et de la connaissance, mais aussi de la pesée du cœur lors du jugement des morts.

Le mouron rouge5 Le mouron est une plante rampante, ordinaire, à fleurs rouges ou bleues.

On peut noter qu’elle était utilisée pour le traitement de l’hypochondrie. Il représente ici la beauté et la simplicité.

Le mouron, ici, fait aussi référence au héros des romans écrits par la baronne Orczy (Le mouron rouge), gentilhomme « robin des bois » de la révolution française, qui véhicule des valeurs d’honneur et de gratuité dans sa bonté.

Troisièmement, il faut remarquer l’homophonie avec le verbe mourir conjugué, donc une référence à l’expression « Mourir dans la fleur de l’âge ».

Ce mouron, sous ces trois formes, est ici oublié.

Finalement, on pourra noter dans ce dernier vers l’inspiration de Victor Hugo : le dernier vers de « Demain, dès l’aube » est « copié » ici. « Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 
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Mots de minuit

29 août

Terry Pratchett (célèbre – dans le genre – auteur de fantasy comique) décrit, il me semble, les idées comme des particules qui viennent au hasard frapper le monde. Il y a je crois des digressions sur l’attractivité de certaines personnes/choses, du type : si l’idée de la loi de la gravitation n’était pas passé dans la tête de Newton mais dans celle du ver qui était dans la pomme qu’il a vu tomber, etc. Vous voyez le genre ?

L’idée est drôle, originale à lire, et bien sur incorporée dans diverses histoires…

Le propos de tout cela ? Je sais bien que cette théorie est un peu farfelue, pour ne pas dire plus, mais c’est vrai qu’on a parfois l’impression que les idées viennent de nulle part, déjà prêtes à disparaître dans le néant si on ne les note pas tout de suite. Qu’elle viennent de nulle part et surtout dans les moments les plus incongrus : en pleine séance de sport, dans le métro, et, comme ça m’arrive très souvent, quand on est dans cet état entre la veille et le sommeil.

Autant vous dire que j’ai mis plusieurs nuits à écrire les vers qui suivent :

 Les mots viennent dans le silence de la nuit,
Quand le ciel assombri luit d’un éclat glacé,
L’étoile se fait d’ébène, du noir de l’acier ;
Les mots viennent, tranchants et doux, sorcellerie.
 
Dans le jour qui s’endort, les rêves d’une nuit
D’automne papillonnent autour d’un adieu,
Et leurs ailes, lugubres déchirures bleues,
Se plantent dans mon crâne, aiguillons de minuit.
 
J’aurais voulu ne pas savoir, tacitement…
Me cacher dans le silence des mausolées
Et être né dans le feu pour vivre étoilée
D’éternité. J’aurais voulu, intermittent…
 
Les mots viennent. La cendre de l’ennui rougeoie.
Les yeux ouverts sur un monde évanescent et
Vain. Dans l’obscure lueur d’un cœur qui renaît
Et se meurt, les mots viennent, pensées désarroi.
 
Et il court mille monts, mille vallons plaisants,
Ce mot qui trop souvent se tait, voit mon âme et
Se sert, suivi de mille amis – mots enchantés.
Et il pleure, fatigué d’avoir couru mille ans.
 
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Deuil

06 juil
Je n’ai pas pu pleurer.
Comment l’aurais-je su
Quand ton visage n’est
Qu’un reflet dans mes yeux ?
 
Reflet pâle et bleuté,
Chatoiement effacé
Par cent mille étrangers
Qui ne me sont pas chers.
 
Infiniment lointain
Ton regard s’évapore…
Et mes yeux se diluent
Dans quelques souvenirs.
 
Infiniment passé…
Je me souviens d’un cœur
Cent fois attentionné,
Mille fois souriant.
 
Instantané sépia,
Ton ombre file et fuit.
Je me souviens, et puis
Je ne sais pas pleurer.
 
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Neige

30 nov

Ah, que ne ferais-je pas pour vous… La neige est à l’honneur dans bien des blogs, je ne pouvais faire autrement que d’apporter ma contribution à cette mode oh combien rafraîchissante ! Il faut d’ailleurs bien que je célèbre la magie de la neige, dont les charmes discrets et silencieux nous font sereinement retrouver des sensations d’enfance.

Et me voilà partie, pendant qu’il fait encore jour, pour chercher une photo à même d’illustrer cet article. Je sors en sifflotant de mon bureau, portable en poche, l’air de dire ‘Je ne fais rien d’important’. Je n’ai pas mis mon manteau, ça ferait louche. En descendant l’escalier, je prie pour ne croiser personne, et je cherche une excuse, au cas où. Quand la porte s’ouvre, je frissonne, mais je persévère. Le ciel – gris – est avec moi : je n’ai encore vu personne. Le pas vif, l’air de savoir où je vais, je me dirige au hasard, vers l’image éventuelle. Il faudrait que j’évite les immeubles – ils sont trop laids, et je ne voudrais pas qu’on puisse reconnaître le lieu exact, on ne sait jamais… Enfin, je repère l’arbre, le ciel… mais je dois m’approcher pour cadrer correctement. Et me voilà en train de patauger dans l’herbe glacée, lançant des regards discrets autour de moi pour repérer les intrus éventuels. Ouf, l’image est dans la boîte. Glacée jusqu’aux os, je peux enfin retrouver mon bureau bien chauffé, les chaussures encore humides, et me faire un bon thé chaud. Mission accomplie.

Photo arbre sous la neige

Une fois arrivée à ce point, je ne peux pas en rester là. J’ai sorti mon « Dictionnaire des idées suggérées par les mots », après tout la composition passe par les associations d’idées, et cherché ‘neige’. Blanc comme neige. Les neiges d’antan. Neiges éternelles. Congères. Flocons. Cristaux. Avalanche… Une idée en entrainant une autre, voilà le résultat, sous la forme d’un Haïku :

L’érable sabre
L’éternité de flocons,
Deux traces de pas.
 

Et puis, il y a la magie des flocons…

Forme flocons de neigeProsaïquement, la forme des cristaux varie en fonction de la température, mais aussi du degré d’humidité. Les cristaux sont classifiés en sept formes principales.

Poétiquement, il suffit de regarder pour voire un monde merveilleux…

images flocons de neige

Un monde merveilleux ? Qu’en est-il des mythes (c’est ma marotte du moment, vous l’avez compris) ? Que j’ai aimé chercher ces légendes des neiges…

Peinture borée Dans la mythologie grecque la neige est personnifiée sous les traits de Chioné, fille de Borée. Cette Chioné ne dois pas être confondue avec Chioné, fille de Dédalion, dont l’histoire est bien plus connue et détaillée.

Apollodore raconte :

  » Orithye étant à jouer sur les bords du fleuve Ilissus, fut enlevée par Borée [dieu du vent] ; elle en eut deux filles, Cléopatre et Chioné ; et deux fils, Zéthus et Calais, qui étaient ailés. […]

Chioné [ou la neige personnifiée] ayant couché avec Neptune , à l’insu de son père, accoucha d’un fils nommé Eumolpe, qu’elle jeta dans la mer pour que personne ne s’en aperçût. Neptune l’ayant pris, le porta en Ethiopie, et le donna à Benthésicyme , l’une des filles qu’il avait eues d’Amphitrite. »

Là s’arrête l’histoire. Ce que devint Chioné n’est écrit nulle part.

On en sait un peu plus sur Eumolpe, prètre, poète et guerrier, qui s’établit à Eleusis, et fit la guerre avec les habitants de cette ville aux athéniens. On dit qu’il périt sur le champ de bataille avec ses deux fils. 

sawaki-suuhi Dans la mythologie japonaise, Yuki Onna est une belle femme aux cheveux longs et à la peau très blanche, quasiment transparente. Malgré sa grande beauté ses yeux frappent de terreur. Elle flotte au-dessus de la neige, ne laissant pas d’empreintes dans celle-ci. Elle a la capacité de se transformer en un nuage de neige ou en brume si elle se sent menacée.

Voici l’histoire qu’on raconte.

Alors qu’une effroyable tempête sévissait sur la forêt, le bucheron Mosaku et son apprenti
Minokichi âgé de 18 ans, se réfugièrent dans une petite cabane. Pendant la nuit, le feu dans la cheminée s’éteignit et le froid réveilla Minokichi. C’est alors qu’il vit dans la petite pièce une jeune femme vêtue d’un kimono blanc se pencher sur le vieux bûcheron et lui souffler son haleine glaciale au visage. Puis elle se retourna vers le jeune homme qui était tétanisé par la peur, mais elle fut prise de pitié et lui dit:” Je ne vous tuerai point si vous promettez de ne jamais raconter ce que vous avez vu ce soir “. Le lendemain matin Minokichi se réveilla et se rendit compte du décès de son patron mais il ne savait pas dire si, pendant cette terrible nuit il avait rêvé ou pas.Plus tard, le jeune apprenti rencontra une jeune fille fort belle qui se nommait Oyuki et qu’il ne tarda pas à épouser. Ils eurent de nombreux enfants et passèrent de merveilleuses années ensemble.

Un jour, alors qu’il la regardait coudre, il lui raconta l’histoire de cette étrange nuit où il avait rêvé ou réellement rencontré la reine des neiges. Yuki Onna, car c’était elle, se mit en colère et l’abandonna; elle épargna sa vie en raison de leurs enfants mais elle lui promit de venir le châtier s’il n’était pas un bon père pour eux puis elle se transforma en une sorte de brouillard blanc et disparut par le trou de la cheminée.

 poliahuDans Mythologie hawaïenne, Poliahu est la déesse des montagnes enneigées, et l’ennemie de Pele, déesse du feu et des volcans. Toutes deux étaient d’une beauté incomparable, et avaient séduit un grand nombre de chefs mortels.

Leur rivalité était née autour d’un jeune chef Maui nommé Ai-wohi-ku-pua. Ce dernier était en route vers l’île d’Hawaii afin d’y courtiser une cheftaine, nommée Laie, dans le but de l’épouser.

Alors qu’il pagayait le long de la côte d’Hana, il aperçut Pele sous une forme humaine d’une grande beauté et portant le nom d’Hina-i-ka-malama. Ai-wohi-ku-pua s’arrêta pour la rejoindre et la connaître, puis il continua son chemin jusqu’à Hawaii, où Poliahu le séduit à son tour.

Il demanda à Pele de le délivrer de la promesse qu’il lui avait faite et il partit vers l’île de Kaua’i avec la déesse des neiges. Mais Pele, sous la forme d’Hina-i-ka-malama les pourchassa, furieuse, et finit par regagner son amant. Poliahu se montra particulièrement vindicative et leur envoya des bourrasques glaciales jusqu’à ce qu’ils soient séparés, et que ‘AI-wohi-ku-pua se retrouve seul.Cheval de glace

Dans la mythologie amérindienne, Aisoyimstan, monté sur son cheval blanc, est la divinité de la
neige.

Il est Dieu Blanc et ‘ le Fabricant Froid ‘ qui recouvre la terre avec le gel et la neige. Il n’est pas facile de l’apercevoir au travail car il est complètement blanc, avec des cheveux blancs et des vêtements blancs. Il chevauche même un cheval blanc. Il faut être vraiment près de lui pour apercevoir le blanc de ses yeux.

 Reine des neiges AndersenBien sûr, il y a aussi Blanche-Neige, dont l’histoire, ultra connue grâce à Walt Disney et au dessin animé qui a bercé la jeunesse de
plusieurs générations. La neige n’y est cependant pas très présente, à part – mais est-ce la peine de le préciser, dans le nom de l’héroïne du conte.

C’est pourquoi, je vous invite aussi à découvrir l’histoire, moins connue, de La Reine des Neiges, écrite par Andersen, et dont vous trouverez le texte intégral ICI.

J’y ai rajouté quelques poèmes sur le sujet, que je n’ai pas toutes recopiés ici pour ne pas surcharger cet article. Je voudrais quand même attirer votre attention sur les vers simples et puissants de Maurice Carème.

 Il a neigé (Maurice Carême)
 
 Il a neigé dans l’aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton noir croit rêver.
C’est à peine s’il ose
Marcher.
 
Il a neigé dans l’aube rose
Si doucement neigé
Que les choses
Semblent avoir changé
 
Et le chaton noir n’ose
S’aventurer dans le verger
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur où se posent
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.
 
 

Narcisse en fleurs (2)

20 nov

Qui dit Narcisse, mythe, personnage, Ovide et ses amis, ne peut pas oublier la fleur, reliquat actuel de cette histoire du passé. Si vous m’avez lue hier, ou si vous connaissez vos classiques, vous savez que Narcisse, après sa mort, se métamorphose en fleur (d’ailleurs, c’est de là que vient le titre « Métamorphoses » du recueil de contes d’Ovide, je suis vraiment trop perspicace d’avoir compris ça !). Cette fleur, bien sur, c’est le Narcisse.

Ovide la décrit comme « une fleur au cœur couleur de safran, entourée de pétales blancs ».  Selon Virgile, elle est de couleur purpurine (pourpre). Le Larousse en dit : « Herbe vivace (amaryllidacée) bulbeuse, aux feuilles allongées, aux fleurs printanières, d’un blanc éclatant, à courte coronule pourpre. Le genre narcissus comprend aussi la jonquille, le coucou, etc. ». On peut donc se demander ce qu’est un Narcisse, par opposition à la jonquille, au coucou, et autres fleurs du genre. La fleur à laquelle on donne aujourd’hui le nom de Narcisse, est-ce la même que celle des anciens grecs ? La description d’Ovide s’applique assez bien au Narcisse des Poètes (Narcissus Poeticus), nous dit Louis-François Jéhan ans
son 
Dictionnaire de botanique (pp.969-972).

Pline et Sophocle font d’autres descriptions des Narcisses, et en réalité, LE narcisse n’existe pas. Narcissus désigne un genre d’herbacée vivaces, nous dit WIkipedia, qui peut aussi bien être Jonquille, Narcisse des poètes, Narcisse à deux têtes ou Trompette de méduse.

La jonquille est jaune. C’est elle qu’on trouve chez les fleuristes, et que les vendeurs à la sauvette nous proposent quand arrive le printemps. Elle a la couleur du soleil, et est souvent synonyme de beaux jours. Par ailleurs, dans le langage des fleurs, elle signifie « Je vous désire ».

Le Narcisse des poètes, que j’ai envie de retenir comme « vrai » Narcisse, parce que son nom me plait et qu’il correspond bien à la description d’Ovide, est lui aussi annonciateur de printemps. Parfum agréable, coronule jaune, il ressemble beaucoup à sa soeur, mais bien tristement, il est un symbole d’égoïsme. Le désir s’est transformé en « Vous n’aimez que vous », et même si je le trouve bien plus joli que la jonquille, je ne suis pas sure d’apprécier qu’on m’en offre. Heureusement, il est beaucoup plus difficile à trouver chez les fleuristes !

Le narcisse des poètes, les poètes en parlent. De la fleur, je veux dire. Les poètes ont aussi parlé du jeune homme, mais ce n’est pas le sujet du jour.

Alors, je vais simplement vous faire découvrir, si vous le souhaitez, quelques extraits qui m’ont plu :

Fleur des poètes est mon nom ;
des prés fleuris je suis la renommée ;
j’embaume l’air, porte pour robe
corail et neige ;
je ris au soleil
quand il sort des fumées de l’aube.
Le narcisse des poètes et l’âne, Jean Henry FABRE (1823-1915)
 
Es-tu narcisse ou jonquille ?
Es-tu garçon, es-tu fille ?
Je suis lui et je suis elle,
Je suis narcisse et jonquille,
Je suis fleur et je suis belle
Fille.
 Le Narcisse et la jonquille, Robert Desnos (1900-1945) 

 

Ô narcisses et chrysanthèmes
De ce crépuscule d’automne
Où nos voix reprenaient les thèmes
Tant tristes du vent monotone !
 Ô narcisses et chrysanthèmes, Stuart MERRILL (1863-1915)