On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

RSS
 

Posts Tagged ‘Partage’

Larmes de cristal – extraits choisis

04 jan

Vous avez été plusieurs à me demander où l’on pourrait lire le manuscrit qui m’a tant occupé pendant le mois de novembre. Il est sur mon ordinateur, bien au chaud, mais je ne crois pas qu’il vaille la peine qu’on le mette sur internet. D’abord parce qu’il faudrait une courageuse relecture que je n’ai pas envie de faire. Le projet d’histoire, à vrai dire, n’est presque pas de moi : inspiré d’une de mes lectures (pas uniquement quand même, j’ai aussi fait parler mon imagination), il ne me tient pas vraiment à cœur. Pas assez pour y passer plus de temps. C’était, en quelque sorte, un brouillon, une vérification. Je voulais mettre des mots sur une histoire neutre, pour voir si j’en étais capable.

L’histoire ? En résumé, on pourrait dire :

Une jeune femme (Isis), à la suite d’une désillusion amoureuse, sombre dans le folie – à moins qu’elle n’ait déjà été folle – pendant que l’objet de son amour platonique (Marc) vit sa vie sans s’occuper d’elle. C’est un bon résumé, si on oublie qu’il y a aussi au milieu une histoire de « harcèlement », dont on ignore l’auteur, et que les personnages ont parfois tendance à trop se ressembler pour que tout soit si clair.

Bref, il n’est pas question pour l’instant de vous livrer les pavés que j’ai écrits, parfois dans un état second (écrire dans le métro ce n’est pas toujours une bonne idée !!), surtout avant une bonne relecture (je suis sure que des fautes d’orthographe trainent encore, même elles je ne les ai pas relues). Surtout que l’histoire n’est – d’après ce dont je me souviens – pas bien dessinée dans les péripéties : il y a beaucoup à reprendre !! Mais si j’arrive à obtenir un résultat dont je pourrais être fière, je vous le livrerai, pourquoi pas !

Mais pour vous donner une toute petite idée, voici quelques extraits choisis : en gras, c’est un narrateur extérieur, omniscient et philosophe, qui parle. Le reste est vu du point de vue d’Isis.

« La période entre chien et loup, tellement fine, qui sépare la veille du sommeil, fait ressortir toutes nos peurs, toutes nos interrogations. On peut refaire le monde mille fois en quelques instants et s’en trouver encore plus troublé. Chez certains, ce temps est une étape qui permet de faire le point sur la journée et sur les problèmes qu’on ne sait pas résoudre. Chez d’autres, c’est un entre-temps de créativité où les mots et les images se bousculent dans l’esprit et refusent de laisser s’endormir celui qu’ils assaillent avant d’avoir été couchés sur le papier. Chez d’autres enfin, inconsciemment, mille révélations sont faites qui, plongées dans l’univers des rêves, se dilueront et seront oubliées au matin. »
 
« Lorsqu’elle posa le pied sur la dernière marche de l’escalier, Isis aperçut tout de suite le carré de papier blanc qui se détachait sur le parquet sombre de l’entrée. Quelqu’un avait glissé une enveloppe sous la porte. Elle s’approcha tout doucement, s’attendant à chaque instant à ce que la feuille lui saute à la figure. Un centimètre après l’autre, elle effectuait une lente reptation, quasiment imperceptible, mais l’enveloppe ne semblait pas s’être aperçue de sa présence : elle ne bougeait pas, et finalement, ne semblait pas si dangereuse. En s’avançant, Isis nota la qualité du papier, sans doute du vergé épais, et sa couleur un peu cassée. »
 
« ’Mais les mots ont un pouvoir, tu sais. En eux-mêmes, et selon la manière dont on les emploie. En en usant avec attention, on peut faire faire ce que l’on veut aux autres. Sans qu’ils ne s’en rendent compte. Les obliger à voler, à tuer, leur donner une bonne image d’eux-mêmes ou les mener au suicide. Je n’ai pas ce pouvoir… mais cela me fascine.’
Isis, elle, était fascinée par le pouvoir que Marc avait sur elle. Elle sentait bien que sur un mot de lui, elle aurait sauté d’une falaise. Il n’avait jamais prononcé un tel mot. Il n’avait jamais remarqué qu’elle était sa chose : pour lui, comme pour tous les autres, elle était transparente. Il avait juste trouvé en elle un faire-valoir, un miroir qui lui permettait de s’admirer sans avoir l’impression d’être narcissique. Et pourtant, elle l’aimait tellement… »
 
« Elle descendit l’escalier, fière. Ses seins nus, aussi blancs que l’ivoire des reliques ancienne, tressautaient tandis qu’elle se hâtait. Ses tétons rosissaient sous un froid qu’elle ne sentait pas. Le chauffage n’était toujours pas allumé, et le soleil, à l’extérieur, n’aurait sans doute pas la force de distiller assez de chaleur pour que l’atmosphère se réchauffe. Tout son corps resplendissait de sensualité et de séduction, même si personne n’était présent pour en profiter.
Isis – c’est bien d’elle qu’il s’agissait – se sentait lionne, féroce et tendre, imbattable, fière et belle. Pour la première fois de sa vie. »
 
« Isis fixait toujours le chat, fasciné. Elle aurait aimé avoir sa rigueur, sa grandeur d’âme, son courage. Mais elle restait tapie derrière ses rideaux, espionnant ses voisins. Elle n’osait même pas les tirer, de peur de faire entrer trop de lumière dans la pièce. Comme si le soleil était dangereux. Comme si ses rayons allaient l’agresser, faire brûler sa peau et ses pupilles. Elle n’était ni une enfant de la lune ni un vampire. Mais elle se serait sentie trop exposée si le soleil avait pénétré à flots dans son appartement.
Les bruits aussi étaient apaisés par la fenêtre fermée. Elle voyait les voitures sans les entendre, observait les gens en train de gesticuler dans le silence, dans un ballet muet. Elle était protégée du monde et de ses risques. Bientôt, elle n’aurait plus besoin de cette protection, mais tant que Katie était là tout près, et tant qu’elle n’était pas encore assez forte, il fallait qu’elle fasse attention. Qu’elle ne soit pas trop prompte à aller au devant du péril. Le jour viendrait où Katie ne ferait plus partie de sa vie, où la peur serait absente de ses pensées. Ce jour serait bientôt là, sans doute, mais il fallait l’attendre sans impatience, sans se précipiter. »
 
« Elle ne devait pas oublier. Peut-être que la folie commençait par ça, par l’oubli. Par la perte de toutes petites parties de mémoire, dont on ne se rendait même pas compte et qui un jour mises bout à bout creusaient un trou inobstruable. Elle détacha un petit morceau d’une autre serviette et écrivit dessus sucre. En minuscule, c’était moins important. Elle humecta du bout de la langue le papier et le colla sur la boite de sucre. Elle n’oublierait plus. Elle continua avec la tasse de café qu’elle s’était servie, avec la petite cuillère. Ça ne serait pas commode de s’en servie, désormais, mais elle n’avait pas le choix. Les mots avaient trop de poids, trop d’importance pour qu’elle puisse se permettre de les oublier. Puis la table eut son étiquette, la chaise, tout ce qui était à portée de sa main. Elle se demanda si elle pourrait écrire le nom de tous les objets qui l’entouraient, et à quoi ressemblerait son appartement une fois cette tâche effectuée. Elle ne pourrait pas mettre de petit papier sur les autres choses, ce qui n’était pas touchable. Les sentiments, les idées, le soleil ou la pluie, le sourire, les larmes ou le désordre. Comment pourrait-elle se souvenir de tout cela ?
Les mots sont des illusions. C’est ce que Marc lui a dit, un jour. Les mots sont des illusions et des conventions sociales. Si on appelait une vache table et une table vache, l’une et l’autre ne changeraient pas. Elles resteraient les mêmes, et en prononçant le nom choisi, je verrai toujours la même chose. Une table, une vache, ou vice-versa. Cela n’avait pas d’importance, au fond, c’était juste pour que chacun puisse comprendre l’autre. Une convention sociale. Isis a oublié ce que lui a dit Marc. Elle n’a pas l’intention de sortir de chez elle, de parler à d’autres, mais il lui semble que les mots sont importants en eux-mêmes. Que si elle appelle le sucre sel et la cuillère fourchette, le monde tournera moins rond. Pauvre Isis, elle se perd dans ses illusions et son esprit s’échappe de plus en plus sur les petits chemins de traverse, perd le cap. »
 

Vos Haïkus

10 oct

On dirait que cette petite série vous a inspiré ! Merci de faire partager tous ces haïkus !

Le froufrou fringuantPhoto montage Haïkus - Mots saison
Des jupons dorés
Le craquant de ta feuille
Veronica
 
Soleil levant
les petites incisives à l’attaque
du noyau de mangue
isabel Asunsolo
 
Caresse du jour
je bois ton vent
autan me suit
 Veronica
 
La neige en nid-vert
sur l’automne annoncé
déjà le printemps !
Veronica
 
De l’élan de sève
Au premier flocon de neige
L’eau est toujours l’eau.
Lily
 
Vols en « V » rangés
Tournent le dos au soleil -
Un bruissement d’ailes
michelaise
 
Un frisson d’hiver
Secoue les fleurs au jardin
Prends-moi contre toi
Oxygène
 

La terre est bleue comme une image

05 sept

C’est la force de certaines phrases de nous marquer, de nous inspirer. Merci Lily et Josette de nous offrir votre interprétation personnelle du poème d’Eluard – c’est beau, je trouve, de se réaproprier une oeuvre, ça n’a rien de destructeur, même si les mots ne sont plus les mêmes .

 La terre est bleue
Comme une orange
Plénitude sphérique
Où les mots s’abreuvent
A la source fraîche
De nos cœurs tendres et fous
Quelques secrets lovés
Dans le creux de son âme
Fondent en sourires en baisers
Sur ses lèvres sur ma peau
Au chant de l’oiseau vert
Langue qui roule dans mon cou
Un collier de fenêtres
M’apporte lumière et vie
Toutes les joies solaires
Qui irradient son corps
Des ailes couvrent les feuilles
Sur les chemins de ta beauté.
Lily
 
La terre est bleue comme une orange
L’âme est bleue d’avoir vécu
Voyez comme c’est étrange
J’avais soif d’absolu…
Josette
 

La terre est bleue comme un matin

02 sept

Suite à ma diatribe (pas toujours justifiée, je l’avoue Lily !) à propos du célèbre poème d’Eluard (ICI), Martine et Michelaise m’ont offert des « réinterprétations » que je me m’empêcher de faire partager à ceux qui ne les auraient pas vues, parce que je les aime beaucoup !!

 La terre est bleue comme une orange
L’aube lui passe autour du cou
Un fin collier de fenêtres,
Tous les secrets, tous les sourires
Frêles vêtements d’indulgence
Subliment ses douces courbes
A la croire tout nue…
Martine
 
La terre est bleue comme une orange,
Espoir déçu, attente étrange…
La terre est sous nos horizons
Qui doucement, sans bruit, se font
Et se défont, azurs incandescents
Perdus en rêves indécents.
Michelaise
 

A vous…

25 nov

L’inspiration ne vient pas aujourd’hui. Il y a des jours, comme ça. Je regarde le ballet incessant des voitures sous ma fenêtre, je regarde le ballet sinueux des lignes colorées qui s’affichent sur mon ordinateur, je regarde encore un avion gris qui vole dans le ciel gris et la carte de France version 1mx1m qui orne le mur de mon bureau, et je peux le dire : l’inspiration ne viendra pas aujourd’hui. Alors pour éviter de ne parler de rien avec des mots creux, je vais vous laisser la parole. Il faut dire, mes derniers articles vous ont inspiré, et je ne voudrais pas laisser toutes ces réflexions pertinentes et gentilles être oubliées trop vite.

Narcisse en pleurs 

Lily :

Les mythes ont toujours plusieurs entrées possibles et chacun y prend ce qui lui parle. Pour ma part, je pense qu’ils présentent de façon symbolique la complexité de la psyché. A travers ton récit, tu me donnes envie de davantage connaître l’histoire de Narcisse. Je ne sais pas si nous pouvons parler de pureté et d’innocence, moi, à priori je discerne plutôt une certaine immaturité ou une immaturité certaine. Nous naissons d’une relation (d’amour) entre deux êtres et le sens de notre vie est inscrit là, me semble-t-il. C’est-à-dire, à notre tour, découvrir et aimer d’autres personnes, nous ouvrir à l’altérité.

Il ne s’agit pas de porter des jugements sur ce personnage, mais de tirer de son histoire des éclairages sur l’humain. Je vais y réfléchir … Pas forcement dans l’immédiat. Ah, ah, « je vais y réfléchir », bien sûr à travers mon beau miroir !  

Bien sur, mon analyse du mythe de Narcisse n’est pas exhaustive. Je ne vais pas faire une thèse sur le sujet, et mes mots sont parfois approximatifs. C’est vrai que Narcisse fait montre d’une immaturité incommensurable, mais j’ai envie de voir dans son histoire plus que cela, peut-être de l’innocence, peut-être le fruit du destin contre lequel on ne peut rien.

Josette :

Pour Don Juan, je ne suis pas certaine qu’il s’aime, je le vois comme l’archétype de l’homme qui n’aime pas les femmes, il n’est là que pour prouver leur faiblesse, toutes les femmes séduites par Don Juan mettent en garde leurs soeurs ;celui qui aime les femmes c’est Casanova ! mais tout ça c’est une autre histoire…

Encore une fois, c’est vraiment pertinent : le parallèle entre Narcisse et Don Juan devait être pris au second degré, et savoir celui-ci s’aime ou se contente de détester les femmes est un vrai débat.

Michelaise :

Que oui certains jours on se croise sans se reconnaître : à ton âge parce qu’on est surpris par la jolie silhouette d’une jeune femme séduisante et qu’on est toute surprise de s’apercevoir que c’est de soi-même qu’il s’agit… à mon âge parce que le visage marqué et un peu gris qui vous fait face au lever n’est pas celui qu’on a de soi dans sa tête !!! et c’est heureux car on se sent jeune d’esprit même si on connaît son âge et il est toujours étonnant de lire dans un miroir les ravages du temps. Le regard nous est donné pour embrasser le monde et il est un peu embarrassé quand c’est nous-même qu’il croise, il n’a pas l’habitude.

C’est exactement cela que je voulais dire… allez, pour la route, une citation d’un roman que je viens de finir :

« Subitement, le reflet d’un visage apparut sur cette vitre arrière.
Marion eut un imperceptible mouvement de recul en se faisant face aussi brutalement.
Son visage était celui d’un fantôme. Ses traits doux ne suffisaient plus aujourd’hui à la rendre agréable au regard, elle était devenue trop pâle, sa lèvre fendue lui barrait la bouche comme la virgule d’une phrase en suspens pour longtemps, ses cheveux couleur sable trahissaient quelques mèches blanches et surtout, ses yeux avaient perdu tout éclat, le jade inquisiteur et flamboyant avait laissé la place à deux braises mourantes. « 

Le sang du temps, Maxime Chattam

Narcisse en fleurs

 Le petit poème de Desnos a eu un grand succès – je vous le rappelle, juste pour le plaisir :

Es-tu narcisse ou jonquille ?
Es-tu garçon, es-tu fille ?
Je suis lui et je suis elle,
Je suis narcisse et jonquille,
Je suis fleur et je suis belle
Fille.

Josette : » Merci pour les textes avec une préférence pour Desnos ! « 

Michelaise : » Mon préféré, qui a fait tilt au point de me dire je vais l’apprendre par coeur celui-là, c’est celui de Desnos… un forme d’expression qui me fait frétiller de joie ! « 

Lily : » J’aime bien le petit poème de Desnos, si frais et léger ! « 

Allez, j’avoue, moi aussi je le trouve délicieux !!

 

Narcisse en leurres

 Michelaise :

Ce qu’il y a d’étrange et de prenant dans l’oeuvre de Dali c’est que l’image qui, dans l’iconographie traditionnelle, se reflète en miroir selon un ligne de reproduction horizontale, ici est reproduite selon une ligne verticale. Et pas en miroir mais sans reflet, dans le même sens. Cette répétition se fait du sujet adouci à un semblable, pas inversé, mais délité. Cela crée un malaise par rapport au concept du Narcisse, celui ci est semblable à lui-même, puisque dans le même sens, et pourtant de pierre, de ruines et de déliquescence. Ce qu’on suppose être le reflet est, au lieu d’une image idéalisée, et fragile qu’une simple onde pourrait troubler, une image pervertie, grise et immuable dans sa ruine. Cela crée le malaise qui nous saisit à l’idée de cet autre, si loin du premier, et pourtant indissolublement lié à lui.

Encore une fois, merci pour ces remarques judicieuses… il est bon de confronter les points de vue, et je n’avais pas remarqué les détails que tu pointes du doigt. Narcisse en « homothétie » et non un miroir, en effet, c’est peut-être de là que viens le malaise qui m’a pris quand j’ai regardé ce tableau. Un reflet de pierre grise, voilà une vision bien désespérée du mythe de Narcisse.

Lily :

Parmi les peintures, celle du Caravage a ma préférence. J’y remarque que le reflet de Narcisse le représente en plus âgé.

Pour ce qui est de Dali, il fait partie du courant avant-gardiste et je m’y retrouve sans vraiment m’y retrouver. J’aime que la scène soit dépouillée de son aspect réaliste et concret pour toucher au symbolisme et à la force qu’exercent sur nous les couleurs. J’y vois le drame humain de la solitude qui conduit à la mort. Une fleur est sur le point d’éclore … Mais est-ce  suffisant ? Ne sommes nous pas en droit d’espérer plus ? Ne sommes nous pas davantage attirés par ce groupe humain, sur le chemin près du rocher ? Dali dans le poème, à la fin, évoque Gala, la muse, l’aimée, la femme qui peut-être … lui a fait découvrir (Je ne sais) ce que c’est qu’aimer.

Pour ma part, je pense qu’il est bon d’être un peu narcissique, pour se construire, prendre de l’assurance, mais que la création de liens conditionne notre aptitude au bonheur. Se connaître peut devenir une obsession qui nous tire constamment comme un chien fou et tyrannique vers des horizons de solitude et de dureté. N’est-ce pas aussi dans le regard des autres, amis ou pas, que nous nous découvrons ? Oui, la société prône trop la réalisation personnelle, mais c’est en réaction à une époque où il était jugé coupable de s’intéresser à soi. Équilibre toujours difficile et précaire !

Je n’avais pas remarqué que le visage de Narcisse était flouté, vieilli dans le reflet, mais maintenant que tu le fais remarquer, je n’en trouve que plus de beauté à la peinture du Caragage.

En ce qui concerne Dali, peut-être ton malaise est-il du à l’approche originale et dérangeante consistant à refléter la vie par de la pierre morte et grise ? C’est vrai que le groupe dansant au second plan est bien plus attirant que la figure de Narcisse.

Ce que tu dis sur la nécessité d’être un peu Narcissique tout en restant ouvert aux autres, il n’est pas utile que j’y revienne, n’est-ce pas ? Tu as su exprimer ce que j’aurais voulu dire !

Josette :

Je viens de retrouver ce Narcisse de pré vert…(pardon jeu de mot digne d’un almanach !)

Narcisse se baigne nu
De jolies filles nues viennent le voir
Narcisse sort de l’eau s’approche d’elles
et s’aperçoit qu’il n’est plus tout à fait le même
Quelque chose en lui a changé »
Il se caresse de la main
étonné de donner sans le vouloir ni le savoir
comme un jeune cheval entier
les preuves de sa naissante virilité
Et retourne dans l’eau
plus ébloui que gêné
Et regarde les filles
puis
dans l’eau à mi-corps se regarde encore
Et voit
par un phénomène de réfraction
un bâton brisé
Il se noie
Déçu enfantinement désespéré.
Narcisse, Jacques Prévert – Spectacle

Encore une fois, tu es délicieusement dans le ton, Josette… quel plaisir !

 

Narcisse en coeur

Josette :

Lorsque tu te regardes dans la glace
En te disant : « C’est moi », il vient toujours
Un moment de panique. Es-tu en face,
Es-tu ici ? Quid de ce moi venu un jour,
Dont il ne restera plus rien. Oui, des douzaines
De photos, une voix. Cire et papier ? Moi, là-dedans ?
Que saur-t-on de mes amours et de mes peines ?
Plus de faims, plus de peurs, pas même un mal de dents.
Silencieux le sang, morte à jamais l’haleine,
Douce haleine brouillant aujourd’hui le miroir
Où mon être apparent a cessé de se voir
Lorsque tu te regardes, 
Liliane WOUTERS (1930 Belgique) 

 Merci de nous faire découvrir cette artiste, Josette !!

Les Vendeurs d’Orviétan

Michelaise :

En riant sous cape quand tu traiteras quelqu’un de « vendeur d’orviétan », ça sonne bien, il croira peut-être à un compliment !

J’y pense… à la première occasion, je serai curieuse de voir la tête que fera celui que j’interpellerai ainsi !

 Josette :

Pour rester dans le domaine des apothicaires nous avons un autre remède avec la « Thériaque » considérée comme un électuaire miracle…

Nous avons près de nous tant de charlatan qui nous soignent avec des remèdes pire que le mal sous couvert de sciences…

Oui, Josette, il y a trop de charlatans, qui s’en prennent souvent à ceux qu’il faudrait protéger, en plus. Je ne connaissais pas la Thériaque, mais un petit tour par la case dictionnaire a remédié à cela !!

 

 

Et parce que cet article vous est dédié, j’en profite pour vous dire merci à tous !!

Je voulais simplement vous dire : votre présence me fait chaud au coeur, vos petits mots sont parfois un sourire, parfois une émotion, toujours un grand bonheur.

 

Le jeu des 15 auteurs

17 nov

D’abord, un grand merci à Astheval et Lily d’avoir pensé à moi pour ce petit jeu… ah là là, on se découvre, on se écouvre. Comme vous voyez, je n’ai pas oublié : mais hier, comme je vous l’ai dit, « il fallait que ça sorte », et aujourd’hui je peux enfin prendre du recul. Les choses finissent toujours pas se tasser, heureusement. Alors je vais vous donner les 15  premiers auteurs qui me viennent à l’esprit.

Le principe, je vous le rappelle :

« Citez quinze auteurs, incluant les poètes, qui vous ont influencé et que vous garderez toujours dans votre cœur. Listez en moins de 15 minutes, les 15 premiers qui vous viennent en mémoire. »

Bref, j’arrête le bla-bla, et je me lance.

1. Terry Pratchett - c’est de la fantasy, c’est drôle, parfait pour le métro

2. Henning Mankell - je lis aussi beaucoup de romans policiers, et il y avait des affiches pour son dernier roman dans le métro

3. Minett Walters – toujours du policier, mais plus thriller – j’ai hésité avec Mo Hayder, mais son dernier livre m’a beaucoup déçue

4. Charles Baudelaire – LE poète romantique, mélancolique – j’adore !

5. Alfred de Musset – autant pour ses poèmes que pour son théâtre

6. Israël Horovitz – encore du théâtre, contemporain cette fois

7. Dan Simmons – en particulier Hypérion et Endymion, c’est encore un « sous-genre », c’est-à-dire de la science fiction, mais ça m’a fait découvrir John Keats, et je ne sais pas, c’est le genre de livres qui me fait cogiter

8. Colette – je l’ai découverte jeune, et je la garde au fond de mon coeur

9. Jules Vernes – encore un auteur qui a bercé ma jeunesse – pour l’anecdote, le roman de lui que je préfère, c’est « Le rayon vert », dont peu de monde a entendu parler

10. Jiro Asada et Takumi Nagayasu – on a le droit de mettre des bandes dessinées ? peu importe, je m’octroie ce droit – c’est le manga « Le cheminot » dont je parle ici, et qui est terriblement tendre et touchant – je le conseille à tout le monde

11. Ovide – pour ses métamorphoses, bien sur, qui font partie de notre inconscient collectif, et que j’ai redécouvert récemment (rappelez-vous Icare) à travers un livre pour enfant – peut-être que je les lirai dans le texte un de ces jours

12. Lewis Carroll – son univers est une merveille

13. Edgar Allan Poe – en particulier ses contes

14. Dino Buzzati – idem, j’aime particulièrement ses nouvelles, mais aussi tout le reste, avec un attention particulière au désert des Tartares – ça frôle souvent la science fiction, et j’aime bien les univers « parallèles »

15. Didier van Cauwelaert – un vrai talent

Après tout ça, je ne vais taguer personne : déjà, je crois que tout le monde a déjà participé, plus ou moins, et si ce n’est pas votre cas, considérez que vous êtes tagués – mais sans obligation de participation !!