On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

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Posts Tagged ‘Alexandrins’

Serrement du cœur

12 jan

La lune aujourd’hui est gibbeuse décroissante… Je m’aperçois que le temps continue de filer plus vite que son ombre (le temps a une ombre ? première nouvelle… mais l’idée est jolie, tiens, je vais la garder dans un coin de ma tête !)…

Déjà le 12 janvier… ce soir, je vais profiter d’un champagne gratuit mais protocolaire : je suis sure que les discours des « grands pontes » seront moins drôles que l’opérette que j’ai eu l’occasion (@Michelaise : oui, j’ai eu des places, finalement, un grand coup de chance !) de déguster (savourer aussi marche, comme mot, c’était un grand moment de bonheur, comme Offenbach et une troupe à l’humour décapant peuvent offrir) hier soir, accompagné d’un verre de vin rouge qui n’avait de vin quasiment que le nom, mais c’était pour les bonnes œuvres et l’ambiance, alors… Bref, ce n’est pas la peine que je fasse plus de pub, les dernières représentations sont déjà complètes depuis quasiment un mois !!

Déjà le 12 janvier… je m’étais dit que j’essaierai de relire – de commencer à relire – les aventures d’Isis (ou Iris ? je me trompe tout le temps !) mais je n’ai pas eu le courage. A la place, qu’ai-je fait ? Non, pas un poème écrit depuis plusieurs mois, il doit y avoir à peine quelques mots épars qui trainent sur mon téléphone, et vaguement un fichier de recherche sur je ne sais même plus quel mythe sur ma clé USB… Je vous le donne en mille… J’ai juste commencé un nouveau scénario, qui pourrait tenir pas mal la route, avec son monde à lui, ses personnages, et tout, sauf que là, je suis coincée, je voudrais une révolution, mais comment fait-on une révolution ? Bref, encore un projet qui va peut-être finir aux oubliettes si je n’ai pas le déclic (vous révolutionnez comment, vous, quand vous êtes une femme dans un monde post-apocalyptique/dictature religieuse ?)…

Déjà le 12 janvier, et je crois qu’on peut estimer qu’il est temps de vous livrer les vers ci-dessous, qui datent du mois d’octobre dernier, et que je ne pourrais plus modifier, tant de temps après. J’ai même fini par oublier ce que je voulais dire, et en le relisant, je trouve assez obscure… j’espère qu’il vous parlera plus qu’à moi !

En attendant que je revienne – très bientôt, j’espère, et je vais vraiment essayer de m’y tenir cette fois-ci – je vous souhaite une très belle année 2012, pleine de bonheurs, de réussites, de joies, etc…

Entre l’ombre et le jour il n’y a qu’un ruban,
Infinitésimal,
Qu’on oublie trop souvent
Pour ne voir que le noir et le blanc de l’enfer.
 
C’est la mélancolie des ombres crucifiées,
Esclaves de la vie,
Entravées de lumière.
Au ciel, une étoile scintille et s’abandonne.
 
D’un monde à l’autre, en négatif, le temps s’étire,
Se dessine mouvant.
Le temps d’être s’éteint.
La lumière noire fixe l’instant amer.
 
D’un monde au paradis, il n’y a que le temps
Que s’éteigne le ciel,
Double désincarné.
Temps d’un dernier soupir. Une étoile s’éteint.
 
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Badinage

12 oct

Je serais curieuse de savoir ce que vous pensez de ces vers… et surtout, ce que, à la lueur de vos expériences personnelles, vous comprenez/interprétez : à la question « Pour vous, de quoi parle ce poème ? », que répondriez-vous ?

 

Photo barbelés
 
Tu joues à me blesser, à cisailler mon cœur
De ton silence. Un sillon d’encre de chagrin [1]
Barre tes lèvres closes, serrées de dédain.
Le dos tourné, comme un écran de parchemin [2].
 
Tu joues à autopsier mon cœur, à taillader
Mes tripes avec un scalpel de glace noire [3] ;
Et l’injuste douleur fait pleurer mes yeux secs
De larmes corrosives  de sable et de sang ;
 
Comme un ruban carmin suturé sous ma peau [4],
Comme un coup du destin, bouffon noir manœuvré
Par tes doigts caressants et rocailleux, dressé
Entre ton âme et moi, éthéré et terrible.
 
Et tu joues à n’aimer qu’une image de moi
Image imaginaire, transformée idéal ;
Et tu joues avec moi comme un chaton persan [5]
Sa pelote de laine, cruel innocent.
 
Tu joues à m’ignorer comme un miroir sans tain,
Voilé [6], qui ne reflète même plus tes yeux,
Qui renvoie ton regard affamé d’idéal,
Envahi de maux [7] fallacieux et silencieux.
 
Je cloître mon destin, vapeur désincarnée,
Et m’envole hors d’un corps qui ne m’obéit plus,
Hors d’un cœur qui ne m’anime plus, et puiser [8]
Dans un songe obscur la volupté de l’oubli.
 

[1] Référence à l’encre de chine, voir aussi cet ancien poème : Rupture.

[2] Référence à l’expression « écran de fumée ». J’ai hésité à modifier l’expression en « écran de dérision », qui aurait peut-être plus simplement exprimé mes pensées, mais je préfère le côté mystérieux et cassant du parchemin, qui de plus rappelle l’encre des vers précédents.

[3] L’expression glace noire est principalement utilisée pour parler d’une couche de glace très mince, due à la condensation ou à une pluie très fine, qui se dépose sur les routes et prend la couleur du bitume. Cette forme particulière de verglas est particulièrement traitre car elle est invisible. J’ai aussi pensé, à travers cette expression, à la neige carbonique, ou glace sèche. Cette matière (du dioxyde de carbone solidifié) n’existe qu’à des températures très froide (-78,5°C). Son contact provoque donc de graves brûlures, et quand elle est exposé à l’air libre, elle se « sublime » (c’est-à-dire se transforme en gaz) rapidement et sans laisser aucun résidu. La neige carbonique n’est pas noire, dans la réalité, mais se rapproche pour moi de l’expression glace noire puisque le carbone sous sa forme la plus fréquente (mines de crayon) est noire.

[4] Référence à Manon des sources : « Ugolin [voit Manon] se baigner nue sous la chute et qui en tombe aussitôt amoureux. [...] Il en perd l’appétit et le sommeil et il néglige son travail pour ne plus passer son temps qu’à épier Manon dans les collines. Un jour, il trouve un bout de ruban [appartenant à] Manon qu’il se coud sur la poitrine, à la place du coeur. » Source

[5] Se lit aussi « Perçant ».

[6] La « mise en voile » des miroirs est une tradition liée à la mort. De nombreuses explications sont envisageables, pour éviter que l’âme du défunt soit visible dans le reflet, ou parce que le miroir approché du visage du mourant a longtemps servi à reconnaître, par l’absence de buée sur sa surface froide, l’état de cadavre. Certains avancent aussi que l’âme du défunt, si elle se voyait dans un miroir, serait tentée de rester attachée à la demeure au lieu d’aller vers « d’autres niveaux ». Les miroirs ont toujours eu une fonction « spéciale » et représenté un danger. Dans la mythologie grecque, ils ont une grande importance : on les retrouve dans les mythes de Narcisse, Méduse, Phébus, etc.

[7] Se lit aussi « Mots ».

[8] Se lit aussi « Epuisé ».

 
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Déliquescence

07 sept

Je ne sais pas ce qui m’inspire. Peut-être est-ce le dernier livre que j’ai lu, une odeur dans le métro, peu importe après tout. J’ai travaillé plusieurs jours sur cette idée qui me taraudait – vous la découvrirez vous-mêmes – et qu’il faut voir plus comme une réflexion que comme un « cri du coeur ».

C’est pourquoi je me suis permise de mettre quelques « notes » pour vous aider dans votre lecture et vous permettre de comprendre mieux ce que j’ai voulu dire. Vous pouvez aussi remarquer les changements de rythme, qui ont été conçus comme « supplément de sens » pour enrober les mots.

J’ai voulu, dans un premier temps, présenter comme un monde de la guerre idéal – ce monde de batailles héroïques que l’on rencontre dans les romans d’aventure et où les héros se battent inconditionnellement pour le bien. Mais voilà, la mort rode tout autour des champs de bataille, impartiale, prête à frapper tout ceux qui passent. Alors se pose la question du pourquoi : qu’est-ce qui motive vraiment les hommes à affronter la mort. Le pouvoir, l’argent, la vie par procuration. Jusqu’à en oublier l’essence même de l’humanité, et cet émerveillement gratuit face à la vie et au monde.

Champ de bataille

Dans la nuit rayonnant du chant des fantassins
L’honneur vibre au travers de ces hommes qui croient
Le bien le mal incomparablement disjoints,
Qui croient s’épanouir dans le feu de l’exploit.
 
Pourtant, les yeux fermés,
Ils savaient : vanité1
De ceux qui croient oser
Sans rien rendre au succès.
 
Bientôt, l’ange de la mort
Planera sur tous leurs corps,
Dans un putrescible essor.
 
Etourdi de douleur
De ce mal incessant,
Superflu, l’homme pleure
Redevenu enfant.
 
Demain, le limon gris s’abreuvera de sang
Et les rats, déjà, se préparent au festin.
Et le fer, et l’enfer deviennent plus tranchants
Pour mieux couper les liens des larmes, du destin.
 
Un monde se défait à coup d’épées, de lois.
Mille hommes sont tombés sur le champ des soupirs ;
Mille hommes mis au ban. Leurs os glacés d’effroi
Scintillent au soleil d’un royaume élixir2.
 
Le monde pollué par un pouvoir trop grand
Soigne ses plaies pourries3 en se désagrégeant.
Et l’humanité rit, poignardée en plein cœur
Par l’oubli des ibis4 et des mourons5 en fleurs.

Vanité1 Dans le dictionnaire, il y a trois définitions de la vanité :

-       Satisfaction de soi-même, orgueil

-       Caractère de ce qui est vain, futile, vide de sens

-       Nature morte allégorique évoquant les fins dernières de l’homme, la vie humaine précaire.

Ces trois définitions doivent être envisagées ici.

2 Ce qui ici est décrit comme un royaume élixir peut être compris soit comme le paradis, qui recueille les braves, soit plutôt comme le royaume du pouvoir, pour lequel les hommes se battent, et dont ils croient qu’il leur apportera jeunesse, richesse, bonheur.
Rappelons-le, le mot élixir est d’abord apparu dans le sens « pierre philosophale », douce utopie, et encore aujourd’hui désigne une potion destinée à soigner, comme par magie.

Ibis - Dieu ThotPourri, ici, est à comprendre dans le sens d’avarié, bien sur, mais aussi de corrompu.

4 L’ibis, échassier au long cou et au bec recourbé, indépendamment de son port de roi, était aussi dans l’Égypte antique le représentant du dieu Thot, chargé de l’écriture et de la connaissance, mais aussi de la pesée du cœur lors du jugement des morts.

Le mouron rouge5 Le mouron est une plante rampante, ordinaire, à fleurs rouges ou bleues.

On peut noter qu’elle était utilisée pour le traitement de l’hypochondrie. Il représente ici la beauté et la simplicité.

Le mouron, ici, fait aussi référence au héros des romans écrits par la baronne Orczy (Le mouron rouge), gentilhomme « robin des bois » de la révolution française, qui véhicule des valeurs d’honneur et de gratuité dans sa bonté.

Troisièmement, il faut remarquer l’homophonie avec le verbe mourir conjugué, donc une référence à l’expression « Mourir dans la fleur de l’âge ».

Ce mouron, sous ces trois formes, est ici oublié.

Finalement, on pourra noter dans ce dernier vers l’inspiration de Victor Hugo : le dernier vers de « Demain, dès l’aube » est « copié » ici. « Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 
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Mots de minuit

29 août

Terry Pratchett (célèbre – dans le genre – auteur de fantasy comique) décrit, il me semble, les idées comme des particules qui viennent au hasard frapper le monde. Il y a je crois des digressions sur l’attractivité de certaines personnes/choses, du type : si l’idée de la loi de la gravitation n’était pas passé dans la tête de Newton mais dans celle du ver qui était dans la pomme qu’il a vu tomber, etc. Vous voyez le genre ?

L’idée est drôle, originale à lire, et bien sur incorporée dans diverses histoires…

Le propos de tout cela ? Je sais bien que cette théorie est un peu farfelue, pour ne pas dire plus, mais c’est vrai qu’on a parfois l’impression que les idées viennent de nulle part, déjà prêtes à disparaître dans le néant si on ne les note pas tout de suite. Qu’elle viennent de nulle part et surtout dans les moments les plus incongrus : en pleine séance de sport, dans le métro, et, comme ça m’arrive très souvent, quand on est dans cet état entre la veille et le sommeil.

Autant vous dire que j’ai mis plusieurs nuits à écrire les vers qui suivent :

 Les mots viennent dans le silence de la nuit,
Quand le ciel assombri luit d’un éclat glacé,
L’étoile se fait d’ébène, du noir de l’acier ;
Les mots viennent, tranchants et doux, sorcellerie.
 
Dans le jour qui s’endort, les rêves d’une nuit
D’automne papillonnent autour d’un adieu,
Et leurs ailes, lugubres déchirures bleues,
Se plantent dans mon crâne, aiguillons de minuit.
 
J’aurais voulu ne pas savoir, tacitement…
Me cacher dans le silence des mausolées
Et être né dans le feu pour vivre étoilée
D’éternité. J’aurais voulu, intermittent…
 
Les mots viennent. La cendre de l’ennui rougeoie.
Les yeux ouverts sur un monde évanescent et
Vain. Dans l’obscure lueur d’un cœur qui renaît
Et se meurt, les mots viennent, pensées désarroi.
 
Et il court mille monts, mille vallons plaisants,
Ce mot qui trop souvent se tait, voit mon âme et
Se sert, suivi de mille amis – mots enchantés.
Et il pleure, fatigué d’avoir couru mille ans.
 
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Rupture

28 nov
Un trait noir infini… Temps présent du passé
Qui ceinture mes reins de souvenirs lacés.
Je n’ai pas attendu que l’abîme s’emplisse
De tous ces mots mesquins qui voilent nos faiblesses. 
 
Quatre ou cinq vérités sont sorties de mes yeux,
Un peu cruelles et froides, sans même que je sache
Si je les voulais dire… A travers nos adieux,
J’ai trouvé un espoir égoïstement lâche.
 

Pas beaucoup de nouveauté ici… je n’ai pas assez travaillé aujourd’hui, me voilà obligée d’aller chercher dans mes vieux papiers !!

 
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