On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

RSS
 

Larmes de cristal – extraits choisis

04 jan

Vous avez été plusieurs à me demander où l’on pourrait lire le manuscrit qui m’a tant occupé pendant le mois de novembre. Il est sur mon ordinateur, bien au chaud, mais je ne crois pas qu’il vaille la peine qu’on le mette sur internet. D’abord parce qu’il faudrait une courageuse relecture que je n’ai pas envie de faire. Le projet d’histoire, à vrai dire, n’est presque pas de moi : inspiré d’une de mes lectures (pas uniquement quand même, j’ai aussi fait parler mon imagination), il ne me tient pas vraiment à cœur. Pas assez pour y passer plus de temps. C’était, en quelque sorte, un brouillon, une vérification. Je voulais mettre des mots sur une histoire neutre, pour voir si j’en étais capable.

L’histoire ? En résumé, on pourrait dire :

Une jeune femme (Isis), à la suite d’une désillusion amoureuse, sombre dans le folie – à moins qu’elle n’ait déjà été folle – pendant que l’objet de son amour platonique (Marc) vit sa vie sans s’occuper d’elle. C’est un bon résumé, si on oublie qu’il y a aussi au milieu une histoire de « harcèlement », dont on ignore l’auteur, et que les personnages ont parfois tendance à trop se ressembler pour que tout soit si clair.

Bref, il n’est pas question pour l’instant de vous livrer les pavés que j’ai écrits, parfois dans un état second (écrire dans le métro ce n’est pas toujours une bonne idée !!), surtout avant une bonne relecture (je suis sure que des fautes d’orthographe trainent encore, même elles je ne les ai pas relues). Surtout que l’histoire n’est – d’après ce dont je me souviens – pas bien dessinée dans les péripéties : il y a beaucoup à reprendre !! Mais si j’arrive à obtenir un résultat dont je pourrais être fière, je vous le livrerai, pourquoi pas !

Mais pour vous donner une toute petite idée, voici quelques extraits choisis : en gras, c’est un narrateur extérieur, omniscient et philosophe, qui parle. Le reste est vu du point de vue d’Isis.

« La période entre chien et loup, tellement fine, qui sépare la veille du sommeil, fait ressortir toutes nos peurs, toutes nos interrogations. On peut refaire le monde mille fois en quelques instants et s’en trouver encore plus troublé. Chez certains, ce temps est une étape qui permet de faire le point sur la journée et sur les problèmes qu’on ne sait pas résoudre. Chez d’autres, c’est un entre-temps de créativité où les mots et les images se bousculent dans l’esprit et refusent de laisser s’endormir celui qu’ils assaillent avant d’avoir été couchés sur le papier. Chez d’autres enfin, inconsciemment, mille révélations sont faites qui, plongées dans l’univers des rêves, se dilueront et seront oubliées au matin. »
 
« Lorsqu’elle posa le pied sur la dernière marche de l’escalier, Isis aperçut tout de suite le carré de papier blanc qui se détachait sur le parquet sombre de l’entrée. Quelqu’un avait glissé une enveloppe sous la porte. Elle s’approcha tout doucement, s’attendant à chaque instant à ce que la feuille lui saute à la figure. Un centimètre après l’autre, elle effectuait une lente reptation, quasiment imperceptible, mais l’enveloppe ne semblait pas s’être aperçue de sa présence : elle ne bougeait pas, et finalement, ne semblait pas si dangereuse. En s’avançant, Isis nota la qualité du papier, sans doute du vergé épais, et sa couleur un peu cassée. »
 
« ’Mais les mots ont un pouvoir, tu sais. En eux-mêmes, et selon la manière dont on les emploie. En en usant avec attention, on peut faire faire ce que l’on veut aux autres. Sans qu’ils ne s’en rendent compte. Les obliger à voler, à tuer, leur donner une bonne image d’eux-mêmes ou les mener au suicide. Je n’ai pas ce pouvoir… mais cela me fascine.’
Isis, elle, était fascinée par le pouvoir que Marc avait sur elle. Elle sentait bien que sur un mot de lui, elle aurait sauté d’une falaise. Il n’avait jamais prononcé un tel mot. Il n’avait jamais remarqué qu’elle était sa chose : pour lui, comme pour tous les autres, elle était transparente. Il avait juste trouvé en elle un faire-valoir, un miroir qui lui permettait de s’admirer sans avoir l’impression d’être narcissique. Et pourtant, elle l’aimait tellement… »
 
« Elle descendit l’escalier, fière. Ses seins nus, aussi blancs que l’ivoire des reliques ancienne, tressautaient tandis qu’elle se hâtait. Ses tétons rosissaient sous un froid qu’elle ne sentait pas. Le chauffage n’était toujours pas allumé, et le soleil, à l’extérieur, n’aurait sans doute pas la force de distiller assez de chaleur pour que l’atmosphère se réchauffe. Tout son corps resplendissait de sensualité et de séduction, même si personne n’était présent pour en profiter.
Isis – c’est bien d’elle qu’il s’agissait – se sentait lionne, féroce et tendre, imbattable, fière et belle. Pour la première fois de sa vie. »
 
« Isis fixait toujours le chat, fasciné. Elle aurait aimé avoir sa rigueur, sa grandeur d’âme, son courage. Mais elle restait tapie derrière ses rideaux, espionnant ses voisins. Elle n’osait même pas les tirer, de peur de faire entrer trop de lumière dans la pièce. Comme si le soleil était dangereux. Comme si ses rayons allaient l’agresser, faire brûler sa peau et ses pupilles. Elle n’était ni une enfant de la lune ni un vampire. Mais elle se serait sentie trop exposée si le soleil avait pénétré à flots dans son appartement.
Les bruits aussi étaient apaisés par la fenêtre fermée. Elle voyait les voitures sans les entendre, observait les gens en train de gesticuler dans le silence, dans un ballet muet. Elle était protégée du monde et de ses risques. Bientôt, elle n’aurait plus besoin de cette protection, mais tant que Katie était là tout près, et tant qu’elle n’était pas encore assez forte, il fallait qu’elle fasse attention. Qu’elle ne soit pas trop prompte à aller au devant du péril. Le jour viendrait où Katie ne ferait plus partie de sa vie, où la peur serait absente de ses pensées. Ce jour serait bientôt là, sans doute, mais il fallait l’attendre sans impatience, sans se précipiter. »
 
« Elle ne devait pas oublier. Peut-être que la folie commençait par ça, par l’oubli. Par la perte de toutes petites parties de mémoire, dont on ne se rendait même pas compte et qui un jour mises bout à bout creusaient un trou inobstruable. Elle détacha un petit morceau d’une autre serviette et écrivit dessus sucre. En minuscule, c’était moins important. Elle humecta du bout de la langue le papier et le colla sur la boite de sucre. Elle n’oublierait plus. Elle continua avec la tasse de café qu’elle s’était servie, avec la petite cuillère. Ça ne serait pas commode de s’en servie, désormais, mais elle n’avait pas le choix. Les mots avaient trop de poids, trop d’importance pour qu’elle puisse se permettre de les oublier. Puis la table eut son étiquette, la chaise, tout ce qui était à portée de sa main. Elle se demanda si elle pourrait écrire le nom de tous les objets qui l’entouraient, et à quoi ressemblerait son appartement une fois cette tâche effectuée. Elle ne pourrait pas mettre de petit papier sur les autres choses, ce qui n’était pas touchable. Les sentiments, les idées, le soleil ou la pluie, le sourire, les larmes ou le désordre. Comment pourrait-elle se souvenir de tout cela ?
Les mots sont des illusions. C’est ce que Marc lui a dit, un jour. Les mots sont des illusions et des conventions sociales. Si on appelait une vache table et une table vache, l’une et l’autre ne changeraient pas. Elles resteraient les mêmes, et en prononçant le nom choisi, je verrai toujours la même chose. Une table, une vache, ou vice-versa. Cela n’avait pas d’importance, au fond, c’était juste pour que chacun puisse comprendre l’autre. Une convention sociale. Isis a oublié ce que lui a dit Marc. Elle n’a pas l’intention de sortir de chez elle, de parler à d’autres, mais il lui semble que les mots sont importants en eux-mêmes. Que si elle appelle le sucre sel et la cuillère fourchette, le monde tournera moins rond. Pauvre Isis, elle se perd dans ses illusions et son esprit s’échappe de plus en plus sur les petits chemins de traverse, perd le cap. »
 

Tanka n°11 et 12

03 déc

nanowrimo_winnerSuite et fin de la série… Le mois de décembre est déjà arrivé, j’ai remarqué, mais voilà… Le mois de novembre a été très occupé pour un grand nombre de raisons. La première, c’est bien sur la semaine de vacances que j’ai passée dans la capitale, à voguer entre expositions et pièces de théâtre avec mon papa et ma maman ! Et ensuite, je me suis lancée un « petit » défi qui m’a bien occupé : le Nanowrimo. Le principe (vous pouvez trouver tous les détails sur internet, comme d’habitude) est simple : il s’agit d’écrire un « roman » de 50000 mots pendant le mois de novembre. Alors j’ai pris quelques idées qui passaient par là et j’ai brodé. C’était intéressant parce que j’ai toujours eu l’impression de ne savoir faire que du « court », et je voulais voir si cet évènement faciliterait la déshinibition de ma « plume ». Et le résultat ? Alors j’ai gagné le défit, avec un superbe total de 53827 mots, et j’en suis très heureuse. Mais le résultat n’est certes pas quelque chose de lisible ! Certains passent du temps à reprendre ce qu’ils ont fait ; ce ne sera pas mon cas, l’idée que j’ai développée est bien trop légère pour donner quelque chose de correct. Bref, vous ne verrez pas ma prose, mais je suis contente d’avoir atteint cet objectif. D’ailleurs, la série de Tanka que vous avez pu découvrir pendant le mois de novembre était destinée à couronner les chapitres de mon roman. C’est sans doute la seule chose à garder !

Alors, dans les jours qui viennent, si les cadeaux de Noël me laissent un peu de temps, je viendrai visiter tous ces blogs que j’ai négligés pendant un mois, et en attendant, voici donc les deux derniers tanka de ma série :

 neige

La flambée du temps
Attise mon cœur blessé -
Les frimas distants

 

Rien ne s’éternise en moi
Que la peur et l’inconnu

 

Le sommeil le gel
Se confondent à l’infini
Instant à l’arrêt

 

Et mon âme gangrénée
Se perd d’immobilité
 
15 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°9 et 10

25 nov

Allez, la fin du mois est bientôt là ! La fin de la série des tanka arrive aussi bientôt : ils sont 12 au total, normalement à lire dans l’ordre, mais chacun fait ce qu’il veut ! Voici donc le n°9 et le n°10 :

Une souche éclairée, de nui

Quand s’en vient la nuit
L’ombre livre son combat
Tumulte acharné

 

Je porte une croix perdue
Tombée là bas dans l’oubli

 

Contre le vent du nord
Un papillon de nuit bat
Ses ailes de verre

 

Dans les chimères je vis
Par delà les portes closes
 
4 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°7 et 8

22 nov

arbre mort - souche

La feuille morte
Jaillit entre les arbres
Rouges et dorés
 
Je trébuche sur un tronc
Pourri et le sol spongieux
 
* * *
 
Entre les troncs morts
Lugubres silhouettes noires
Deux yeux me suivent
 
Je sais que tu me mens pour
Une rivale inconnue
 
9 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°6

15 nov

Lune voilee

Dans la vibration
De la lune aux cent reflets -
Haleine du vent
 
Fétide me souffle un air
Pestilentiel et lascif

La qualité de la photo vous semblera peut-être très mauvaise. C’est bien le cas. L’ais-je fait exprès ? Non, pas vraiment, j’ai fait avec ce que j’avais sur ma clé USB, c’est-à-dire pas grand chose… Mais je trouve que finalement, le flou reflette bien l’atmosphère que j’ai voulu partager dans ce sixième tanka. Tant mieux ! Et si jamais l’envie vous prend de voir une photo de lune bien plus nette, vous pouvez toujours aller voir cette lune automnale et pourquoi pas le haïku qui l’accompagne…

 
6 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°5

12 nov

Plume blanche

Plume évaporée
Vole abandonne l’oiseau
S’enfuit sur le vent

 

Je flotte dans l’infini
Las au dessus de mon corps
 
4 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°4

10 nov

Lotus bleu

Une ombre couché
Ancolie bleue comme l’eau -
Silence du soir
 
Les mots s’enfuient hors de moi
Hémorragie d’encre émoi
 
7 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°3

09 nov

Monstre de fer

La chaleur s’étend
 De tout son poids sur la nuit -
 Un corps alangui
  
Un monstre aux griffes de fer
 S’approche et le rêve crie
 
5 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°2

07 nov

 

Brume du matin -
Le monde se dissimule
 
Aux regards curieux
 
J’imagine dans tes bras
Le réveil inaccessible

 

 
4 Comments

Posted in Poésie

 

Tanka n°1

02 nov

Le mois de novembre s’annonce pour moi très/trop surbooké pour que je puisse me consacrer à l’écriture et à la blogosphère. A mon plus grand regret. Ne m’en veuillez donc pas si je ne vous laisse pas de commentaire, et si je mets du temps à répondre aux vôtres. Ce n’est pas que je ne suis plus là, c’est que je passe en coup de vent, tiraillée de toute part par les mille obligations que je me suis créées. Alors pour ne pas perdre tout à fait le fil, je vous propose comme « fil rouge » ce mois-ci un renku. Un renku, c’est une suite de tanka (oui, toujours cette folie japonaise) qui se répondent. Un tanka, c’est un haïku amélioré de deux vers de sept syllabes qui peut exprimer les sentiments liés au tercet précédent. La suite de tanka que je vous propose donc se lira dans l’ordre, normalement, puisque je l’ai construite avec une évolution intrinsèque, en essayant de faire répondre chaque distique au tercet qui le précède et à celui qui le suit.

Tulipe rouge

Un papillon dort
Tranquille sur une fleur -
Rêve de bonheur
 
J’ai envie de chanter quand
Mes yeux se posent sur toi
 
7 Comments

Posted in Poésie