On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

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Oulipo, Twitter, Nouvelles en trois lignes : Réflexions sur la nano-littérature

18 déc

A mesure que se développent les nouvelles technologies, la littérature, elle aussi, a tendance à évoluer. Tout va plus vite, personne n’a plus de temps. Bientôt, le roman comme nous le connaissons aujourd’hui – vous savez, des lignes et des lignes de mots alignés sur des feuilles de papier – n’existera plus. Il n’y aura plus que de la littérature augmentée, avec vidéos, musique, et tant d’autres choses dont nous n’avons même pas idée. Parce que les gens se lassent plus vite, se concentrent moins longtemps.

J’aurais pu dire cela, sans doute. Vous servir sans réfléchir le refrain du « c’était mieux avant ». Parce que c’est vrai que l’arrivée de l’informatique et des supports numériques est une réelle évolution, aussi importante dans nos vies, sans doute, que l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie.

Alors, oui, il est possible que la littérature (à tous les sens du terme, ne soyons pas sectaires), disparaisse. Je ne suis pas devin. Mais je n’y crois pas. La littérature… comment pourrait-on la définir ? Personnellement, j’aurais tendance à dire « l’art de raconter des histoires ». Je trouve que c’est assez vaste pour tout englober, du roman de gare à la pièce de théâtre, de la poésie à l’essai philosophique. Et cet art a toujours existé. Avant qu’on écrive, il y avait déjà des philosophes, des peintures rupestres… Avant qu’on sache faire des livres, il y avait des troubadours et des troupes de théâtre. Aujourd’hui, il y a tout cela (sous de nouvelles formes, mais les bandes dessinées ne sont au fond pas si différentes des vitraux des cathédrales, et les speakers à la radios ont sans doutes des ancêtres baladins…). Les choses changent, mais elles restent les même, au fond. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’hommes et de femmes qui ont besoin de rêver. Oui, vous avez bien lu : besoin, comme dans besoin physiologique. Boire, manger, dormir, et rêver. Oh, certes, les aspirations évoluent au fil du temps et des civilisations. Avant, on rêvait de manger à sa faim ou de tuer un mammouth. Aujourd’hui, on rêve de richesse, de célébrité, d’élévation spirituelle. Mais au fond, c’est la même chose…

Brancusi : Muse_endormie

Enfin, assez de cette philosophie de bazar. Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? La littérature, une partie émergée de l’iceberg des rêves humains, est semble-t-il en train d’évoluer. Parce que beaucoup de choses vont plus vite et que tout le monde (beaucoup de monde) a accès à de nouveaux moyens de communication et d’expression. Vous n’avez jamais été étonné par le nombre de blogs, l’explosion des réseaux sociaux ? Pourquoi tout cela ? Parce que rêver, s’exprimer, se raconter, est un réel besoin pour tellement de gens.

Alors oui, chacun a sa manière de « dire » les choses. Par des mots ou non. Avec toutes les imperfections qu’on voit parfois, mais qui après tout sont humaines.

Enfin, bref, pour en revenir au sujet principal de ce post, je me suis rendu compte récemment qu’une nouvelle forme de littérature était en train d’apparaître. Ce que certains appellent la nano-littérature, ou la twittérature. Qu’est-ce que c’est que ça ? Faites attention si vous cherchez sur votre moteur de recherche préféré, vous risquez de tomber sur un livre – qui au demeurant a l’air fort amusant – qui résume un grand nombre de livres classiques en moins de 140 caractères. Mais la twittérature, ce n’est pas ça. C’est en réalité l’utilisation de la contrainte des 140 caractères dans une œuvre littéraire. On y trouve, en vrac, de très courtes nouvelles, des phrases poétiques, des romans écris au fil des tweets…

Twitter

Très intéressant, vous dites vous… Ou peut-être êtes-vous en train de penser que décidément, tout le monde se targue de littérature. Peut-être encore vous dites vous que le monde court à sa perte parce que les gens perdent le goût de prendre leur temps… A moins que vous ne vous disiez, comme moi : « Mais, ce n’est pas nouveau du tout, tout cela ! ».

Et oui ! Avant… avant, il y a eu Pascal et ses pensées, Fénelon et ses nouvelles en trois lignes, et tous les auteurs de haïkus, et les « very short stories » d’Hemingway, et les poètes fous de l’OuLiPo. L’art du fragment existe depuis belle lurette, et n’a fait que changer de nom, encore une fois… C’est tellement difficile de faire du neuf, on a parfois l’impression que tout a été dit…

Pourtant, il y a dans cette approche minimaliste de la littérature quelque chose de fascinant. Comme si cette forme de pensée morcelée était – je ne sais pas comment l’exprimer mieux – un texte à trou que chacun doit remplir et qui atteint ainsi une forme nouvelle d’universalité. Alors oui, j’ai envie de m’y plonger un moment. Peut-être est-ce le contre coup des phrases trop longues du mois de novembre… Peu importe, en fait : j’ai eu envie de m’y plonger, et je me suis inscrite.

Je ne sais pas… Je crois que j’y reviendrai ces prochains jours, ces prochaines semaines. Il y a tellement de choses à y faire, je crois…

Twithaiku : haiku sur twitterEn attendant, j’ai décidé de participer au concours de Twithaikus (informations ici). D’ailleurs, si vous avez envie de me suivre sur twitter, chercher @koka_light…

 

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  1. Martine

    18 décembre 2012 at 18:13

    Bonsoir Koka,

    J’espère que les longs romans ne vont pas disparaître. j’aime les gros bouquins lorsque l’histoire est passionnante. Actuellement, j’ai remarqué, dans le registre de la « fantaisy », que les tomes grossissent, se multiplient. Peut-être qu’ils suivent l’exemple de Harry Potter, envient sa réussite.
    Bonne chance pour la Twithaïkus. Je ne peux pas te suivre car je ne suis pas sur ces réseaux sociaux.

    Douce soirée inspirée Koka et bonnes fêtes de fin d’année ;)
    Martine

     
  2. Michelaise

    19 décembre 2012 at 21:33

    Je t’ai lue avec la plus grande attention, j’ai parfaitement compris et admis la teneur de tes propos, aimé le sens de ta réflexion … mais je reste dubitative : la twittérature en faisant des Twithaikus … ok pas de problème … mais au-delà, j’avoue rester sceptique… mais bon, faut pas se crisper, pas vrai, et je vais suivre tes liens pour me faire, sinon une opinion du moins une idée !! Quant aux twitts je t’avoue que je ne me sens pas mûre
    Par contre, pas de doute, tes haïkus sont, comme à l’ordinaire, impressionnants.

     
  3. Michelaise

    19 décembre 2012 at 21:34

    Et puis c’est vrai, après tes longues pages de novembre, tu as besoin de brièveté et de mots efficaces !! Alors allons pour le twitt…

     
  4. Michelaise

    19 décembre 2012 at 21:57

    « À la réflexion, qu’on la tweete, qu’on la mette en sonnet ou en polar, la littérature est assez forte pour supporter ces insolences plus ou moins réussies. C’est même le plus bel hommage qu’on puisse rendre à Sa Majesté à travers les âges. Messieurs les tweeters, Candide vous salue bien. » Petite réflexion trouvée en me tuyautant sur le sujet et qui m’a semblé être fort à propos !!!

     
  5. Josette

    21 décembre 2012 at 20:52

    un blog depuis peu… j’aimais bien ce butinage et puis bousculée …c’est parti…légèrement, pas un blog sérieux !
    j’aime la bièveté les longs discours m’endorme…pas les livres enfin je me suis lassé de nouvelles et attendais la suite de guerre et paix !
    les haikus sont subtils, je dirais que lorsque j’écris ce sont plus de simples tercets,, comme les textoésies, des petits mots qui sonnent un jour et que j’oublie.
    depuis longtemps, je me souviens de calligrammes sur l’ancien blog, j’ai aimé vos haikus, et vos poésies… j’ai même certaines Anamorphoses !
    Alors ce jour encore je me délecte des haikus de cette page mais je fuis les réseaux sociaux, alors j’espère avoir toujours le plaisir de lire ces fragments poètiques ici.
    Bonne soirée Koka

     
  6. langlais

    5 décembre 2013 at 08:08

    J’aime bien votre analyse je crois aussi que la littérature sous la forme que nous connaissons n’est pas prêt à disparaître bien au contraire il y a une nouvelle ouverture vers un nouveau public.

     
  7. langlais

    28 novembre 2014 at 10:43

    Voilà une analyse lucide de l’évolution de nos moeurs dictée par les nouveaux médias