On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

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Nanowrimo – bilan provisoire

19 nov

Quelques nouvelles très rapides, en passant…

Ne vous y fiez pas, je suis loin d’avoir fini ! Oui, mon word-count indique 112%, et j’ai dépassé les 55 000 mots ce matin. Dans le métro. Parce que oui, le Nanowrimo, entre autre choses stupides, m’a fait acheter un blackberry. D’occasion. Tellement d’occasion, d’ailleurs, qu’il fonctionne même sans carte SIM. Mais encore en état de marche, et qui me permet d’écrire aussi dans le métro, sans avoir à transporter mon joli petit ordinateur. Et c’est bien, parce que l’ordinateur, ça pèse lourd, et ce n’est pas très conseillé quand on travaille à Saint Denis et qu’on flippe de se le faire voler en allant au métro.

Donc, j’ai un joli BB dans mon sac, et je peux booster mon word-count dès le matin ! Il m’est même arrivé plusieurs fois de ne pas prendre de quoi lire histoire d’être sure d’être plus efficace, vous imaginez !

Bref, j’ai dépassé les 50 000 mots « officiels » samedi, et j’avoue que j’étais fière de moi. Mais le plus dur reste à venir. Parce que à vue de nez, mon histoire ne sera pas terminée avant la fin du mois, alors que j’aimerais bien. J’en suis à peu près à la moitié. On est aux deux tiers du mois. Le calcul est simple, il faudrait que je mette les bouchées doubles pour m’en sortir avant le 30. Et là, ce n’est pas faisable.

Alors j’hésite. Continuer en décembre ? Pourquoi pas, mais alors, garderais-je le même rythme ? Ça va commencer à faire long. Vous allez me dire : continue à écrire, tu verras bien où tu en seras à la fin du mois. Et vous aurez raison. D’accord, je vais m’y mettre. Dix minutes tout de suite, c’est déjà ça de gagné !

Un petit extrait, pour passer le temps (encore une fois, c’est un pavé simplement copié collé, sans aucune relecture – mais bon, c’est la suite de l’extrait précédent) :

Viviane soupira. Puis elle se dit qu’elle soupirait beaucoup ces derniers temps. Trois jours avaient passé depuis sa fête de fiançailles, et Elissa restait pourtant excitée comme un mulot des prés.
– Je n’ai pas souvent l’occasion d’organiser des fêtes, tu sais, et j’aime tellement ça, lui serinait à longueur de journées sa belle-mère ; et Viviane se sentait obligée de la remercier encore de cette fête merveilleuse, à laquelle pourtant elle aurait bien voulu ne pas assister.
Viviane soupira encore, puis, se rendant compte de ce qu’elle faisait, arrêta le souffle d’air qu’elle exhalait et se força à terminer son expiration lentement et silencieusement. « Si tu fronces trop les sourcils, lui disait sa grand-mère quand elle était encore en vie, tu auras des rides… », et Viviane était persuadée que le proverbe valait aussi pour les soupirs intempestifs, qui en plus risquaient de provoquer la colère paternelle. « Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire », disait aussi Yzebel, et Viviane était bien obligée d’être d’accord. Si elle soupirait autant, c’était bien que quelque chose n’allait pas dans sa vie, mais elle était bien en peine de mettre le doigt sur le grain de sable qui grippait la roue de son existence jusque là bien tranquille. Certes, ses fiançailles ne l’enchantaient guère, et ce qu’elle avait pu découvrir de Natan pendant les derniers jours n’avait rien pour la faire rêver. Pourtant, il était plutôt gentil, au fond. Un bon gars. Elle ne serait peut-être pas heureuse avec lui, mais au moins avait peu de chance d’être malheureuse.
Un coup de tonnerre retentit, faisant sursauter Viviane. Pendant que son cœur emballé se calmait doucement, elle perçu plus qu’elle l’entendit la moquerie de son frère :
– Alors, on rêve ? Viviane, redescendez sur terre, s’il vous plait, ajouta-t-il dans un souffle, et la parodie de leur père était cependant un peu gâchée par sa voix qui tirait encore dans les aigus.
– Oh, ça va, le nain, répliqua Viviane aussi doucement. Elle savait que Myrddin détestait qu’elle l’appelle ainsi. Elle s’apprêtait à ajouter une autre pique bien sentie quand la voix de Veladus recouvrit les conversations de la salle.
– Encore un orage, gronda-t-il, et autour de lui les lamentations des femmes supplantèrent le bruit de la pluie, comme si elles avaient attendu cette remarque pour prendre conscience des conditions météorologiques.
– Je ne vois pas pourquoi ils se plaignent, glissa Viviane à son frère. Après tout, on a toujours des orages, à cette époque de l’année, et je trouve que celui-ci est bien tardif, au contraire.
Pour toute réponse, Myrddin rit doucement. Il devait se moquer éperdument des orages, sans doute, et des récoltes aussi… Tant que son assiette était pleine le soir, il ne pensait qu’à se chamailler avec les gamins de son âge.
Viviane pesta. Elle savait bien pourtant qu’il était trop jeune, ou trop immature, pour avoir une conversation digne de ce nom. Autour d’elle, l’air s’emplissait de paroles en tous genres.
– Ah, ces orages, je ne m’y ferais jamais, dit une voix de femme, dans son dos.
– Oui, moi aussi ils me glacent jusqu’aux os, renchérit une deuxième.
– Allons, mesdames, calmez-vous, asséna un homme, et Viviane crut reconnaître la voix grave et assurée, toujours un peu pontifiante du pasteur. Il ne sert à rien de s’énerver, nous sommes à l’abri, et nous ne pouvons rien contre la volonté divine.
Oui, il s’agissait bien du pasteur, décida Viviane, sans pour autant se retourner pour vérifier ses suppositions.
Viviane soupira à nouveau, exaspérée par ces prémisses d’hystérie féminine. Les femmes n’avaient-elles donc aucun amour propre ? Etaient-elles vraiment obligées de s’appuyer ainsi sur les hommes dès qu’une difficulté, aussi minime soit-elle, traversait leur vie ?
On pouvait se demander si cette attitude n’avait pas eu pour objet, au début, de flatter l’ego surdimensionné des hommes et de leur faire oublier leur ennui dans la protection de la moitié faible de l’humanité. Au final, en réalité, peu importait les origines de cet état de fait : les femmes étaient engluées dans leur inutilité, et, inconscientes de leur capacités, elles se vautraient dans le confort de l’assistanat masculin et étaient devenues incapables de prendre des décisions.
Viviane méprisait souvent les femmes-objets qui l’entouraient. Elissa la servile, malgré sa gentillesse, arrivait en tête de liste. Seule la Yaelle de son enfance, vive et indépendante, sortait du lot. Pourtant, son amie avait beaucoup changé depuis son mariage, un an plus tôt. Sans pouvoir déterminer s’il s’agissait de l’influence de Pierrick, de la pauvreté ou de l’approche de la maternité, Viviane avait surtout remarqué le fossé qui s’était creusé entre elle et son ancienne confidente, celle qui, quelques mois plus tôt, lui conseillait souvent de s’amuser plus, et aujourd’hui ne riait presque plus.
– Viviane, tu m’écoute ? La voix de sa belle-mère tira la jeune fille de ses réflexions.
– Excusez-moi, mère, j’étais en train de penser à Yaelle…
– Pauvre fille, soupira Elissa, sa grossesse n’a pas l’air de se passer très bien… Enfin, ça fait plaisir de voir à quel point le mariage l’a assagie…
Un instant, Viviane se demanda si ces derniers mots étaient un message qui lui était destiné, une incitation à suivre les traces de son amie, mais Elissa continuait déjà.
– Je te demandais si tu avais bien renforcé la digue autour du potager. Avec toute cette pluie, j’ai peur que le sol ravine et que nous perdions beaucoup de carottes et de navets. Sans attendre la réponse de Viviane, elle poursuivit : Les pommes-de-terre, je pense qu’elles sont à l’abri, mais j’ai peur que les oignons soient tous emportés. J’espère que nous réussirons à en sauver quelques-uns demain…
Son babillage continua, encore et encore, trahissant sa nervosité croissante. Autour d’elle, chacun et chacune y allait de son interprétation des évènements. Les vieux parlaient d’un temps où le climat, plus doux, permettait qu’on sorte des murs des maisons toute l’année. Et encore, ces histoires venaient de leurs grands-parents, ou de leurs aïeuls à un niveau si lointain qu’on se souvenait à peine de ce qu’ils racontaient. A cette époque, disaient-ils, les hivers n’étaient pas recouverts de neige, et les étés frais et tendres comme les fruits des pêchers. Et les femmes riaient doucement de ces contes utopiques.
Les jeunes mères s’inquiétaient d’avoir assez à manger pour donner du lait à leurs enfants. Les pères espéraient que leur progéniture ne serait pas attaquée par des brigands de passage, et qu’elles pourraient faire leurs premières armes dans un monde simple et sans conflits. Toutes les conversations se superposaient et personne n’écoutait au final les peurs des autres, trop enchaîné à ses propres craintes. Le pasteur, au milieu, soliloquait sur la volonté divine, et les enfants baillaient d’appréhension et de fatigue.
Viviane bailla encore, à s’en décrocher la mâchoire, mais il n’aurait servi à rien qu’elle brandit l’ordinaire des tempêtes pour aller s’isoler dans son lit : on eut dit que les orages étaient vécus comme une sorte de fête, un moment de partage individualiste que tous appréciaient et attendaient. Ils s’en servaient pour exorciser leurs peurs les plus profondes, qui au fond n’avaient rien à voir avec la météo. Il y avait la peur d’être attaqué par d’autres, des gens dont on ne comprenait ni les croyances ni les origines. Il y avait aussi la peur de ne pas être assez sain pour engendrer des enfants en bonne santé, et celle de ne pas survivre à l’hiver. Viviane se moquait bien de toutes ces peurs, et s’en sentait tellement éloignée qu’elle aurait pu mourir sur le champ dans d’atroces souffrances sans en être étonnée.
 

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  1. michelaise

    19 novembre 2012 at 13:54

    On aurait tendance à te dire, tu vas jusqu’au 30 novembre et après basta… mais d’un autre côté ce serait frustrant, cela avance tellement bien, de ne pas terminer. Par ailleurs, connaissant ton synopsis, tu ne peux te permettre de tailler dans le vif pour faire plus court, toutes les étapes doivent y être …
    alors ??? en effet, le mieux est d’avancer, un peu comme ta Viviane qui n’a pas toujours beaucoup de visibilité mais qui fonce, ou au moins, avance. Tu verras bien à la fin du mois. Tu as raison après tu ne tiendras pas le rythme, ce qui fait l’originalité et surtout l’efficacité du Nanowrimo c’est justement cette date butoir.
    Enfin donc, courage ma belle et ne te laisse pas martyriser par tes personnages.

     
  2. Martine

    20 novembre 2012 at 05:35

    Bonjour Koka,

    Fichtre! Moi, j’admire la performance de se lancer et de tenir le rythme.
    J’ai apprécié cet extrait très intéressant. C’est cohérent, ça tient bien la route. Tu donnes envie d’en savoir plus.
    Ne te décourage pas surtout. Tu as décidé de relever ce challenge difficile. Je te dis bravo!
    J’ajoute ma voix à celle de Michelaise: fonce comme ton personnage Viviane, ainsi tu seras sans regret d’avoir donné le meilleur de toi-même.

    Bon courage Koka
    Amitiés ;)
    Martine