On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

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Moment de solitude…

31 oct

La poésie est en veilleuse, par ici… Ma muse est partie, il y a un moment déjà (moment trop long pour que je cherche encore à le mesurer) faire des galipettes dans l’herbe. Elle s’est perchée sur un nuage, m’a regardée dans les yeux, et m’a demandé très sérieusement si je n’avais pas autre chose à faire que d’écrire des vers de mirliton…

J’avoue, dans un premier temps, ça m’a vexée. J’ai relevé la tête, fait la fière, et je me suis lancée dans un projet ambitieux, une nuit de mai à la Musset (oui, ça vous donne une idée de l’époque de mon dernier sursaut poétique). Vous avez peut-être déjà entendu ses vers… Poète, prends ton luth, et me donne un baiser… Joli pied de nez à ma muse, si j’avais réussi à mener ce projet à bien. Seulement voilà, après 119 vers et quelques milliers de mots, j’étais tellement à sec que j’ai eu l’impression d’avoir écrit de la poésie pour toute une existence. J’ai sagement décidé de laisser reposer la chose, et de fil en aiguille, rien n’a bougé depuis ce joli mois de mai.

Aujourd’hui, nous sommes le 31 octobre, et ma muse est toujours en vacances au soleil. Il est trop tard pour me lancer dans une nuit d’octobre… Il a bien fallu que je m’habitue à vivre sans elle. Et puisque les rimes se refusent à moi, j’ai décidé de faire comme M Jourdan, de passer à la prose. Parce que demain, c’est le premier novembre, et qui dit novembre dit Nanowrimo. Vous savez, je vous en avais parlé, il s’agit d’écrire 50 000 mots dans le mois. C’est tout simple… N’est-ce pas ?!? Bref, ayant tenté et réussi l’an dernier, sur un sujet un brin bidon, j’ai décidé de passer à des choses plus sérieuses cette année.

L’histoire ? Voilà le résumé que j’en ferais :

Dans un monde dévasté par les guerres et les catastrophes climatiques, Viviane, une jeune fille, se rebelle contre les contraintes trop fortes que lui imposent sa famille. Myddrin, son demi-frère, est envoyé à sa recherche, mais décide de la suivre dans ses aventure. En créant  de toutes pièces une légende grâce aux réalisations de sa sœur, il assoit sa puissance présente et en devenir, et impose au monde sa vision de la société.

Sinon, le scénario va bien, merci. Les fiches personnages s’accumulent, la carte du monde a pris des couleurs…

Vous quitterais-je ainsi ? Puisque les nuits sont de plus en plus courte, pourquoi ne pas vous livrer celle qui a cousu mon mois de mai d’un fil rouge ? Certes, il manque encore plusieurs dizaines de vers pour retrouver la structure de l’œuvre de Musset et imaginer une chute. Certes, les trous béants qui jalonnent la fin de cette nuit là – que je vous épargne tant elle est pour l’instant décousue – sont autant de cratères d’obus dans un champs verdoyant. Nous dirons qu’il s’agit encore d’un chantier… S’il finit jamais.

LA MUSE
Poète, te voici, murmurant tes regrets ;
La quiétude du soir étend son voile ami,
Déjà la nuit de mai fait frémir la futaie,
Et l’ombre des sous-bois bruisse de mille vies.
L’envie renait en moi de souffler mes secrets.
Poète, te voici, murmurant tes regrets.
LE POÈTE
Oh muse, un seul regard de toi,
Un sourire un brin enivré
Ferait s’envoler mes pensées
En tendres mots, en tendres émois ;
Pourtant tu te refuse à moi
Et ton regard un peu voilé
Se détourne de mes effrois.
LA MUSE
Poète prends ta plume et oublie mes baisers
Le printemps me réchauffe et guérit mes blessures
Je n’ai plus de sang pour écrire et la douceur
Du soir berce doucement mes chagrins passés.
Écoute ! Tout est calme et toutes tes ardeurs
Crient douloureusement ta faim inapaisée.
Ce soir, mon âme est nue et lentement mon cœur
Oublie dans le couchant parfumé de fraîcheur
Le cruel souvenir de ta duplicité.
Tout est calme ce soir, dans les ombres sucrées.
LE POÈTE
Oh muse tu te ris encore !
Je languis dans le souvenir
De tes bontés en réconfort.
Muse je gémis de désir ;
Prête moi tes lèvres à cueillir,
Que je boive encore à pléthore
À la coupe de l’oiseau-lyre.
J’entends tes ailes de zéphyr
Qui s’éloignent de moi. L’aurore
Viendra. Tu mourras dans son or.
LA MUSE
Poète, tu te joue de mes bontés passées
Et tu choisis mes mots pour en faire une épée.
Tes menaces sont vaines et vaines tes ardeurs.
Poète c’est à toi qu’il faut tenir rigueur ;
Tu as sonné le glas de ma servilité
En tournant tes doux yeux vers une autre moitié ;
Quand tu lui déclamais les rimes éperdues
Que je t’avais soufflées, pauvre de moi, déchue,
Tu riais de m’avoir si bien abandonnée.
Hélas ! Tu le sais bien, je t’étais dévouée,
Au temps béni d’avant, mais le chardonneret
A soufflé à mon cœur un air de liberté.
LE POÈTE
Oh ma muse ait pitié de moi ;
Mes erreurs m’ont précipité
Dans des gouffres si pleins d’effroi,
Noirs comme tes yeux courroucés ;
Errance sans équilibre.
J’ai besoin de ta main posée
Sur mon épaule et tes lèvres
À mon côté soufflant des traits
Précieux. J’ai besoin de ta voix
Pour guider l’encre de mes doigts.
LA MUSE
Poète, prends ta plume, et tes mots seront vains ;
Tu badinais souvent, confiant en ma candeur,
Tu brocardais mes vers, inutiles refrains,
De peur d’être moqué. Poète, vois mon cœur ;
Je t’ai offert mon sang pour tacher tes buvards,
Comme un oiseau blessé, arabesque de ciel ;
Je t’ai offert ma chair ; ce soir il est trop tard
Pour pleurer l’envolée de ton monde véniel.
Je chante au firmament, loin de tes parchemins,
L’attente d’un baiser, l’immortelle penchée
Sur le berceau du temps, le soupir d’un matin ;
Je change l’alouette, aux trilles exaltées
Qui troublaient Roméo, et les nobles frissons
Des chênes éternels remuant sous les nues ;
Je parle du parfum de la morte-saison ;
Je parle, musardant dans cet inattendu.
Voici le doux chemin qui menait à Padoue
A travers les collines dorées, et la voie
Qu’arpentait la vestale aux cheveux acajous,
Toute de blanc vêtue ; comme un je ne sais quoi ;
Et les béliers d’argent que chevauche Neptune
Au bord du bout du monde, échoués sur l’écueil ;
Et Phébus rougissant au seuil de la lagune
Que Venise la verte esquisse en trompe l’œil.
Dis-moi, n’avons-nous point traversé les brasiers
Main dans la main, éteint de nos lamentations
Le souffre amer d’ignominieux autodafés ?
N’avons-nous pas marché dans le vent des ajoncs
Parfumés de printemps, et foulé pas à pas
Les prairies ondoyant sous un midi de plomb ?
N’as-tu jamais goûté au plaisir dans mes bras ?
Mais t’en souvenais-tu au jour de l’abandon ?
Je t’ai soufflé souvent les mots originels ;
Quand le verbe fait chair sous ta plume futile,
En éclats de passion, en brisures de sel,
Que ton esprit étroit, fascinant, versatile,
Ne pouvait concevoir, éclats de poésie ;
Quand le verbe fait chair et nourri de mon feu,
Là, prenait son envol au seuil de ton esprit.
Je t’avais donné tant pour t’élever un peu
Au dessus des mortels, mon bel oiseau faussaire,
Indolent scribouillard, perroquet chamarré
Au ramage anodin ; tu plumais pour tes vers
Mes ailes consacrées à ta frivolité.
Mille fois dans mes bras je t’ai bercé, encore ;
J’ai consolé tes cauchemars d’enfant craintif,
Soufflant sur tes yeux clos les mots de réconfort
Quand ta gloire blessée faisait vibrer ton vif
Aux abords des enfers ; je t’ai souvent choyé,
Noyant tes noirs desseins sous le flot de mes pleurs ;
Puis d’un signe discret tu t’éloignais, pressé
D’ignorer tes sanglots fanés et mes faveurs.
 

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  1. •-~•*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*•~-•

    31 octobre 2012 at 20:48

    il arrive des fois où la muse se fait capricieuse
    j’espère que tout rentrera dans l’ordre pour toi
    je suis très heureuse d’avoir de tes nouvelles
    je te souhaite une agréable soirée
    ti bo

    •-~•*’Ś Ő Ń Ŷ Á’*•~-•

     
    • koka

      8 novembre 2012 at 14:28

      Merci Sonya de ta visite ! J’espère, comme toi, que tout ira mieux bientôt !
      Très bonne soirée,
      Koka

       
  2. Martine

    1 novembre 2012 at 06:59

    Bonjour Koka,

    Que ta lettre fait plaisir. ;)
    Le caprice des Muses, qui ne connait pas. Parfois, nous avons besoin d’une pause plus ou moins longue, de nous ressourcer.

    J’aime ce dialogue si riches d’images.
    Merci Koka
    Prends soin de toi
    Bises
    Martine

     
    • koka

      8 novembre 2012 at 14:29

      Bonjour Martine,
      Oui, je sors du trou… tu dois bien connaître, en effet, le caprice de la muse… Je suis contente que mon dialogue te plaise – j’avoue n’en être pas vraiment satisfaite…
      Prends soin de toi,
      Koka

       
  3. Michelaise

    3 novembre 2012 at 20:06

    Comme tout cela est bien évoqué, bien décrit, bien conté ! Cette muse exigeante et pourtant si présente, cette inspiration folle qui parfois déchire l’espace de nos pensés pour s’y ancrer, s’y perdre et nous perdre avec elle… qui parfois nous abandonne et nous laisse sur la berge, rationnel, sage et sans imagination. Ces mots qui, hier encore, jouaient et sautaient, et riaient, abruptement stériles, utiles, banals et sans sonorité !! Tu dois avoir raison, et Musset avec toi, cela doit bien être d’une muse qu’il s’agit, capricieuse, volage et pourtant si douce et si désirable !!! elle va revenir poser son souffle tiède sur ton front fiévreux (c’est comme ça que ça marche non ???) allons, nous n’en sommes pas loin, ne lui donne pas trop l’impression que tu la désires, sois distante, elle se fera plus pressante !!!
    Et en attendant, aligne sagement tes 50 000 mots, ton scénario est de plus en plus complet et cohérent, courage petit soldat !! Tu nous feras la nuit de mai plus tard, dès que le printemps menacera l’air de ses bourgeons …

     
    • koka

      8 novembre 2012 at 15:25

      Ah, ma muse… elle me manque, parfois, mais tu as raison, si je me fais lointaine, peut-être reviendra-t-elle me voir !
      Quand à mes 50000 mots, j’essaie d’être sage – et je le suis, d’ailleurs – mais mes personnages n’en font qu’à leur tête… Oh malheur !

       
  4. Oxygène

    14 novembre 2012 at 22:20

    Bonsoir Koka, si ta muse a refusé de te suivre durant quelques mois, je vois qu’elle ne t’a pas pour autant laissée sans un mot.
    Pour ma part c’est la muse »fidélité » qui m’avait oubliée et je suis désolée d’avoir mis tant de temps avant de venir te lire.
    Je te souhaite bon courage pour peaufiner le chantier Nanowrimo et je te fais de gros bisous.