On voit toujours sa vie comme à travers un kaléidoscope. Déformée. Belle ou désespérée selon les heures. Et parce qu’il y a les jours de gloire et les jours de désespoir, j’écris, pour ne pas avoir à porter des sentiments trop lourds, qui m’étouffent. Quelques mots, simple échappatoire pour regarder sa vie dans un miroir et trouver le recul nécessaire pour avancer.

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Ecrire, écrire, encore écrire

08 nov

Quelques mots très rapidement avant de retourner écrire…

Oui, il n’y a (presque) plus que cela dans mes journées, à part bien sûr les heures de travail. Enfin, j’exagère. En réalité, j’ai à peine modifié ma vie sociale. Ce qui a changé, c’est que je ne lis plus, ou presque plus. A la place, j’écris. Le matin, dans le métro, j’écris sur mon téléphone. Le midi, je ne prends pas un café avec des collègues, j’aligne quelques mots sur mon écran. Le soir, dans le lit, je n’ai plus besoin d’allumer ma lampe pour y voir, mon ordinateur en fait office…

Je suis donc devenue un peu psycho-maniaque, en quelque sorte. Et j’écris plus de mots que le Nanowrimo n’en exige. D’ailleurs, j’ai mis un petit compteur à gauche (je sais, la couleur ne va vraiment pas avec le thème de la page…) qui nous raconte que j’ai dépassé les 20 000 mots hier. J’aurais de quoi être fière, n’est-ce pas… Seulement voilà, il y a quelques petits détails qui me dérangent.

Le premier, c’est que je n’ai toujours pas atteint la fin du second chapitre. Je suis censée en écrire onze. Moi qui croyais que je ne savais pas délayer un texte, finalement, ne serais-je pas en train de tomber dans l’effet inverse ?

La seconde « petite chose », c’est que mes personnages font n’importe quoi. Je vous explique : j’avais prévu un scénario quand même bien précis, un truc chouette, qui se tenait… Sauf que voilà, mon héroïne qui était censée se faire violer (oui, je sais ce n’est pas super gai…) quasiment au début du chapitre est entre temps partie visiter la ville, mettre son nez dans les petites affaires de la mafia, etc. Bref, tout pour éviter ce sale moment. Quelque part, je la comprends, mais c’est quand même frustrant de ne pas se faire obéir par des personnages. Mon héros, lui, était censé se battre contre les éléments, survivre, et tout… Au final, après une pauvre nuit passée sous la neige, il était si faible qu’il a trouvé le moyen de se faire recueillir par un vieux qui l’a chouchouté tout l’hiver. Au lieu de s’endurcir, il est tombé amoureux, et maintenant il est en colère parce qu’elle ne s’intéresse pas à lui. Pathétique.

Alors, en écrivant, je tente de répondre à cette question : dois-je suivre mes personnages et les laisser vivre leur vie, ou essayer de recoller à mon si joli scénario ? Une chose est sure, je n’aurai pas atteint la fin de l’histoire avant la fin du mois. Tant pis !

Un petit extrait pour la route (attention, je n’ai rien relu ! seul le correcteur orthographique de word est passé par là pour supprimer les plus grosses erreurs) :

La musique résonnait, étouffée par le brouhaha des conversations. Incapable de se concentrer sur ce qui se disait autour d’elle, Viviane se sentait partir dans ses pensées. Pourtant, elle n’avait pas le droit, pas aujourd’hui. Il fallait qu’elle se souvienne que cette fête était en son honneur, sa fête, en quelque sorte, même si elle ne l’avait ni voulue ni préparée.
Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, vérifiant que personne ne la regardait, et croisa le regard de Natan. Il semblait aussi perdu qu’elle, assis à son côté comme par hasard. Pourtant, il avait eu le temps de se préparer à tout cela : les tractations entre Veladus, son père, et lui, n’avaient pas dû se faire en un jour. Mais ils ne se connaissaient pas, et le regard curieux qu’elle capta l’émut un moment. Jusqu’à ce qu’une étincelle toute autre, qu’elle attribua par réflexe au désir, s’allume dans les yeux sombres de Natan. Elle détourna le regard, flattée et étonnée de cette concupiscence qu’elle n’avait à vrai dire pas l’habitude de lire chez ceux qui l’entouraient. Elle tenta de se raisonner. Après tout, ce jeune homme était son fiancé. Il avait le droit de la regarder de cette manière là, et elle découvrirait sans doute très vite que c’était quelque chose de naturel. Fiancée… tout en se concentrant de manière ridicule pour suivre la ballade que chantait le troubadour au fond de la salle, elle fit tourner ce mot dans sa bouche, le goûtant, essayant d’en extraire la substantifique moelle. Elle aurait dû se douter que ça lui arriverait un jour, n’est-ce pas ? Elle n’allait pas rester vieille fille toute sa vie alors qu’elle était la fille du chef.
Elle tenta de trouver au fond d’elle-même la fierté qu’aurait dû lui procurer ce moment, et redressa la tête. Elle joua à imiter la femme du pasteur, et promena autour d’elle un regard inquisiteur et compatissant.
En face d’elle, son père, Veladus, commençait à être pris de boisson. Son cou aussi épais qu’une bûche avait viré au rouge, et il ne parlait plus que par onomatopées, désignant plus qu’il les nommait les plats qu’il voulait qu’on lui serve. A côté de lui, Elissa, servile, obéissait à chacun de ses gestes, prévenant le moindre de ses désirs comme devait le faire toute femme digne de ce nom. Viviane frissonna en s’imaginant comme elle, en train de servir Natan, dans quelques années.
S’arrachant à cette contemplation et aux images qu’elle évoquait, Viviane continua son inspection. A une table toute proche, le pasteur et sa femme donnaient eux aussi des signes d’ébriété, mais moins accentués tout de même. Lui s’essuyait un peu trop souvent le front, où la sueur dégoulinait à grosses gouttes. Elle ne s’était pas rendu compte que son corsage avait glissé, et que la naissance de ses seins était visible, et tressautait à chacun de ses éclats de rire. Autour d’eux, leur tripotée d’enfants faisait un boucan incroyable, et Viviane ne leur accorda pas plus d’un regard. Elle n’avait jamais aimé les enfants.
Elle regarda encore, admirant en passant la chevelure de poète du troubadour, dont les mèches châtain, qui luisaient dans la lumière du feu, frôlaient ses épaules lorsqu’ému, il penchait sa tête vers sa mandoline. Tout près de lui, à l’autre bout de la salle, Yaelle et son mari mangeaient en silence, semblant écouter les notes qui coulaient près d’eux. Elle avait un air de petite souris, grise et effacée, et son ventre proéminent ne lui donnait ni l’assurance ni la joie de vivre que connaissent normalement les femmes enceintes. Peut-être que Pierrick la maltraitait, mais Viviane connaissait mal le géant métisse, elle n’avait jamais vu chez lui la moindre velléité de violence. A vrai dire, il semblait aussi effacé que Yaelle, et on l’aurait été à moins : chacune des personnes dans cette pièce, et Viviane ne pouvait malheureusement pas se targuer de ne pas en faire partie, le méprisait à cause de ses origines, de son père inconnu, de son inhabituelle couleur de peau. Sans que personne n’ait jamais parlé ouvertement de lui devant Viviane, elle savait que nul ne lui faisait confiance, et que beaucoup avaient peur lorsqu’ils se retrouvaient seuls avec lui.
Fiancée, Viviane était fiancée… Dans deux mois, trois tout au plus, elle serait mariée. Elle devrait quitter sa chambre de jeune fille, sa petite alcôve protectrice pour aller partager celle de Natan pour le reste de sa vie. Elle aurait pu tomber plus mal, sans doute. Elle n’avait jamais eu l’occasion de lui parler avant ce jour là, et ils n’avaient pu prononcer que quelques mots anodins au cours de la soirée. Enfin, se dit-elle, le choix de Veladus – elle l’appelait toujours par son prénom en son fort intérieur et devait parfois se faire violence pour l’appeler père quand elle se trouvait face à lui – le choix de Veladus devait bien être motivé par quelque chose, et puisque Natan ne semblait pas avoir une fortune importante, il devait avoir d’autres qualités. Elle aurait tout le temps de découvrir lesquelles…
Avec un soupir infinitésimal, Viviane jeta encore un regard autour d’elle, puis replongea le nez dans son assiette. La soirée était loin d’être terminée.
 

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  1. •-~•*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*•~-•

    8 novembre 2012 at 17:32

    j’espère que tout ira pour le mieux pour toi
    tu as une belle force de caractère
    je te souhaite une agréable soirée
    et merci pour cet extrait
    ti bo
    *•-~•*’Ś Ő Ń Ŷ Á’*•~-•

     
    • koka

      9 novembre 2012 at 10:01

      Oh, tout va bien pour le moment ! Merci Sonya :)
      Bonne journée, Bisous

       
  2. michelaise

    14 novembre 2012 at 19:50

    Et le roman aussi est loin d’être terminé !!!
    Alors aux dernières nouvelles, selon le compteur, tu approches déjà des 50 000 : 40 137 au moment où je rédige ce commentaire ! Tu as donc progressé et ton scenario, ta trame, même si tu t’en éloignes contre ton gré, est sans doute précieuse pour avancer.
    Je suis éblouie par ton style étant donné les circonstances et l’allure à laquelle tu avances (on n’est que le 14 novembre !!) et j’avoue que ta démonstration est convaincante !!! qui sait si l’an prochain, je ne me lancerai pas aussi. Tu t’es donné tellement de mal pour me booster !!
    J’ai adoré ta remarque sur le fait que tes personnages n’en font qu’à leur tête, cela doit être cela le secret de la réussite, l’histoire prend forme hors de toi, et elle vit sans te demander plus que ta plume, en tout cas, pas ton avis !
    Et que tu n’aies pas envie d’écrire certaines scènes, que tu repousses donc, semble logique. Allez, le défi est presque gagné, tu es sûre de la victoire, mais en plus, cela risque d’être très convenable !!!
    Courage